Cercle de
Yannick Haenel est l'un des romans de la rentrée littéraire
présenté par une fidèle lectrice de l'Attrape-Coeurs lors de notre
traditionnelle réunion post-estivale. Celle qui trie, note, essaime et
sélectionne les coups de cœur…des lecteurs !Cercle était ce soir là à l'éloge. Il a retenu mon attention. Le thème peut-être : Un homme décide un certain 17 avril de ne pas monter dans le train de 8h07 qui doit l'emmener sur son lieu de travail et s'ouvre à vivre un itinéraire totalement différent.
La première phrase du livre donne le ton : « C'est maintenant qu'il faut reprendre vie ».
On ne connaîtra que peu de choses de sa vie passée. S'entame un étonnant chemin intérieur, bouleversé, extrême, animé d'un feu d'artifice de sens, de regards posés sur la vie, critiques, lucides, passionnés, engagés.
L'écriture rend possible cet itinéraire personnel, une tranche de vie « en suspension » habillée d'une multitude de capteurs de toutes les formes, toutes les couleurs. « Pour la première fois de ma vie, j'ai eu la sensation de l'existence absolue. Impossible de formuler cela autrement. Impossible de ne pas le formuler ».
L'auteur expérimente. Il lâche prise. Il prend tout ce qui s'offre à lui. Il écoute, il partage, communique et traduit ses émotions à travers un style éclectique, littéraire, métaphorique et perçant. Le langage est juste, tantôt critique, tantôt poétique, tantôt érotique, voire parfois franchement abrupte. C'est comme si les phrases étaient de véritables caméras plongées à l'intérieur de cet homme.
Que fait cet homme qui n'est pas monté dans son train de 8h07 ? Il erre, il écrit, il regarde la vie, dessine les sillons de la sienne au jour le jour, au gré de ses forces et de son humeur. Il souffre, il ressent, il observe, il rencontre de personnages très singuliers, vit des relations extrêmement intenses avec chacun. D'autant plus attachantes qu'il ne présente qu'un plan de coupe. Le lecteur n'apprend rien de l'avant, ni de l'après. Seul le présent compte avec l'unicité de ces instants hors du temps qui se vivent sans retenue.
L'auteur se met en danger et l'expérimente. Il perçoit « la minute morte ». C'est à partir de là qu'un nouveau cercle se met en mouvement, vers l'avant, vers le possible.
Cercle, labyrinthe, boucle, redémarrage, la recherche de l'existence absolue ? C'est un livre miroir où chacun peut probablement trouver un écho à son propre cheminement intérieur.
« Le labyrinthe n'est pas le chemin qui vous mène à votre perte, mais le chemin qui revient. Celui qui vous ramène toujours au même point – à cet instant qui est, qui a été, qui sera. Ce point est le vôtre. C'est ce point qu'il faut vivre, et les phrases vous ouvrent ça. Car au moment où une phrase s'écrit, toutes les phrases existent. Dans l'éternel retour des phrases, le réveil a lieu à chaque instant ».
L'amour sort triomphant et essentiel de ce texte. Il existe à travers l'écriture. Il est constamment mis en scène, soufflé, esquissé, latent.
« Car l'amour ne se réduit pas à la petite affaire, humide et chaude, hérissée de sentiments, qui lance un corps vers un autre. Il ne se réduit pas à la guerre joyeuse et sombre où les deux corps s'affrontent, et tirent de cet affrontement une joie qui calme leur solitude et qui l'approfondit. Autre chose a lieu sous ce nom, une chose qui est le vrai cœur de la rencontre, et ressemble au chant qui s'allume à l'intérieur du langage, lorsque les phrases réussissent ».
Il y aurait encore beaucoup à dire, mais point trop n'en faut! Amis lecteurs, surtout partagez votre regard et ressenti sur ce merveilleux texte!
A lire, à relire et à faire partager. J'ai beaucoup aimé!
Ce point de vue sur le texte est éminemment
subjectif et n'engage que son auteur. Si vous voulez réagir à ce billet, donner
votre sentiment sur le récit, porter un regard différent sur le texte, raconter
une anecdote sur l'auteur ou autre, la discussion continue avec les commentaires !