Blog littéraire Attrape-Coeurs (littérature française et étrangère, critiques, auteurs)

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Tag - Vincent Delecroix

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dimanche 17 février 2008

La chaussure sur le toit, Vincent Delecroix, 4/5

Comme promis voici quelques mots de La chaussure sur le toit de Vincent Delecroix sur le blog littéraire Attrape-cœurs. (Ce livre est mis à disposition par l'association Arcane 18 dans le cadre de l'opération Circul'Livre, voir le billet Circul'Livre.) Si vous recherchez une lecture divertissante sans pour autant perdre son âme, voici un recueil d’une dizaine de nouvelles qui peut vous intéresser.

Une chaussure abandonnée sur un toit, un immeuble du 19ème arrondissement longeant les voies ferrées et donnant sur un toit, des habitants aux fenêtres : voilà le file conducteur de toutes les nouvelles et le subterfuge trouvé pour nous faire entrer dans la vie d’autant d’inconnus. Est-ce le même immeuble, le même toit, la même chaussure ? Peu importe. Petite fille insomniaque, jeune black désespérée, malfrats en vadrouille, amant éconduit, présentateur illuminé, artiste extravagant, écrivain dépressif, chien espiègle, … tous ont leur mot à dire quant à la présence de la chaussure sur le toit.

Autres travers de récits très différents Vincent Delecroix fouille notre quotidien et explore le spectre de nos sentiments du bonheur au désespoir. Mais ces histoires apparemment anodines sont surtout l'occasion pour l'auteur de porter un regard sur le monde, de questionner l'amour et la solitude dans la cité, bien sûr, mais aussi l'imposture - dénoncée avec une ironie féroce - ou l'honnêteté intellectuelle, la création littéraire ou artistique, la nature humaine.

Sur la nature humaine : "Je me suis assise sur le lit, avec le flic en face de moi, je n'avais plus de voix, plus de souffle, rien que des sanglots de petites flle, sans fin, et il me regardait. (...) Il me vouvoyait. Ils m'ont tous vouvoyée, parce que, même si je suis noire, j'ai des papiers, moi, des papiers français. (...) (Tes mains) étaient longues et fines et ta paume toujours ouverte, celle qui, à ce mariage, m'a tendu ce plat, la première fois que nous nous sommes vus. Je me souviens si bien de ce geste : tu étais celui qui donnais. Tu m'as souri. Tu m'offrais à manger et ce geste n'avait rien de banal. (...) Je suis sûre que c'est lui, il se croyait des droits sur moi, parce qu'il m'avait connue en même temps que toi, à ce mariage, mais lui ne m'avait rien tendu, sa main était faite pour saisir - et pour désigner." Ou comment les lois d'aujourd'hui peuvent recréer le terreau favorable à la résurgence des malveillances d'hier.
Sur la création artistique et l'honnêteté intellectuelle : "Malgré toute la colère et la déception qui m'animent aujourd'hui, je ne peux pas lui retirer cela : son talent, sa sensibilité, l'immense générosité dont il témoigne dans ses œuvres, et cette qualité irremplaçable et tellement rare de faire de l'art une question vitale. C'est une personnalité comme je n'en ai jamais connu, tellement différente des petits prétentieux, des infatués qui grouillent dans ce métier avec des airs de se prendre pour Flaubert ou Maïakowski. J'ai beau être profane en la matière, j'ai un mépris total pour ces salariés mondains, qui font des livres comme ils feraient de la pâté pour chien (et d'ailleurs, ça y ressemble) : l'art, c'est autre chose, c'est sérieux, j'ai au moins appris ça de lui - et ça demande du travail."
Et pour ceux qui douteraient encore que l'on puisse prendre ces textes au sérieux, voici la réflexion d'un canidé : "Je ne dis pas qu'il ne faut pas lire les tragiques grecs, mais ce n'est pas une lecture sans risque, c'est tout." Qui n'a jamais ressenti ce danger, cet appel primal à la lecture de Sophocle ou Eshile ?

Chaussure en noir t blancTouchantes, intelligentes, surprenantes, il se dégage de ces nouvelles une atmosphère nonchalante de solitude triste teintée de (fausse ?) naïveté, d'humour et d'un brin d'auto dérision. Les textes légers et inventifs se font parfois plus denses, plus introspectifs, voire littéraires. On ne s’ennuie pas du tout. Au contraire ! Il y a une force narrative qui traverse ces textes aux allures de conte et vous fait vous redresser sur votre divan ou votre clic-clac, c’est selon. La chaussure sur le toit c'est aussi le bonheur de se replonger dans la Philo - de niveau terminale, n'abusons pas. De fait, malgré des textes parfois inégaux - c'est le sentiment très subjectif d'un lecteur -, on reprend toujours le livre avec bonheur en se demandant ce qui peu bien nous attendre à la page suivante.

Vincent Delecroix est de ces auteurs qui s’intéressent à la vie de gens ordinaires, à leur quotidien avec tout de qu’il contient de joie, de solitude, de drame, d’étrange, d’incongru,... en résumé de banal. Peut-être peut-on parler d’écrivain humaniste à propos de l'auteur, humaniste au sens de photographes tel que Willy Ronis qui arpentait les rues en photographiant leurs contemporains ? A l’instar du travail de ces photographes, la production est inégale mais il y a de belles choses et, surtout, le témoignage d’une époque.

Mes deux nouvelles préférées : "Chant de l'attente" pour son humanité, "Caractère de chien" pour son originalité et son intelligence.

Merci à l'association Arcane 18 et à Circul'Livre par qui j'ai découvert ce texte. J'en parlerai à la librairie avec plaisir et le ferai circuler !

Extrait :
"D'un seul coup la fenêtre de la chambre de ma mère s'est allumée. Nous avons sursauté comme deux enfants pris en faute. Tu as vacillé, j'ai eu peur un moment, une fraction de seconde, que tu ne dérapes et que tu tombes. Nous avons entendu le cliquetis de sa fenêtre. Va-t-en, va-t-en, t'ai-je lancé aussi discrètement que possible, sauve-toi. C'est ma mère, elle va te voir. Ton rire. C'était tellement cocasse. Tu m'as envoyé un baiser et tu t'es sauvé sur le toit comme un chat effarouché, c'était tellement drôle à voir, et, dans la précipitation, tu te souviens, tu as perdu ta chaussure, elle s'était coincé dans la gouttière. Un vrai spectacle pour enfants : ta chaussure, là, et toi qui détalais. Je riais encore quand ma mère, furieuse, a pénétré dans ma chambre. Elle est restée complètement interdite, et moi, je riais, je riais, et il me semblait entendre ton rire, à toi aussi, qui s'enfuyait dans la nuit. Oh, maman, c'était tellement drôle. Elle a refermé la porte en haussant les épaules."

Voici une sélection de liens pour poursuivre :

Ce point de vue sur le texte est éminemment subjectif et n'engage que son auteur. Si vous voulez réagir à ce billet, donner votre sentiment sur le récit, porter un regard différent sur le texte, raconter une anecdote sur l'auteur ou autre, la discussion continue avec les commentaires !

dimanche 20 janvier 2008

Circul'Livre !

Circul'Livre, La chaussure sur le toitCe dimanche matin lorsque que je suis arrivé à la boulangerie pour acheter le pain et les croissants, un groupe de personnes disposait des livres sur des tables à tréteaux devant la vitrine. Je n'étais pas vraiment réveillé, pas rasé, pas peigné et, tout en faisant la queue, je tentais de savoir de quoi il retournait. Vide grenier, vente de livre d'occasion,... que sais-je encore ? Depuis l'intérieur de la boutique, à travers la vitrine, un livre a attiré mon attention : La chaussure sur le toit de Vincent Delecroix. Ce livre, j'avais très envi de le lire mais j'avais tellement accumulé de lecture que je n'avais pas osé l'acheter. Et donc une fois le pain et les croissants payés, j'ai craqué et me suis précipité vers les stands pour récupérer l'objet en question. Sur la couverture un autocollant "Circul'Livre - Paris - Conseil de Quartiers" était aposé. Le livre en mains, sans savoir ce que je devais ou pouvais en faire, je me suis enquis auprès d'un membre du groupe. Celui-ci a aimablement répondu à mes questions et s'est lancé dans des explications. Tout en l'écoutant j'ai acheté un café dont j'avais bien besoin auprès d'un autre membre.

L'association Arcane 18 relaie dans le 18ème arrondissement l'opération Circul'Livre, opération initiée par les Conseils de Quartiers. Circul'Livre a pour vocation de promouvoir la lecture et d'être un vecteur de lien social dans les quartiers. L'opération fonctionne sur le principe du don de livres ou de bandes dessinées. Les habitants du quartier peuvent ainsi déposer leurs livres, soit directement au stand devant la boulangerie, soit au siège de l'association. Les livres sont ensuite mis gratuitement à la disposition des habitants après qu'un autocollant ait été dument aposé sur leur couverture. Ceux-ci pourront à leur tour les remettre en circulation, soit en les abandonnant dans un lieu public, soit en les rapportant à un stand. Dans le XVIIIème, le lieu, la boulangerie du quartier (boulangerie Melot), a été choisi en raison de l'affluence le dimanche matin... entre autres des gens affamés, pas rasés et mal peignés comme moi !

Si l'idée vous plait et que vous souhaitez prendre des livres, en apporter ou tout simplement discuter et boire un café, rendez-vous tous les troisième dimanche du mois, 1 rue Feutrier, 75018 Paris de 10h00 à 12h30. Pour plus d'informations, notamment sur les dates et lieux exactes, voir les blogs :

Pour ma part, dès que j'ai lu le mien, je le rapporte - peut-être en lirez-vous quelques mots sur le blog - avec quelques autres !

Bonne lecture !