Blog littéraire Attrape-Coeurs (littérature française et étrangère, critiques, auteurs)

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Tag - Michal Govrin

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mardi 1 juillet 2008

Sabine Wespieser Editeur : Interview au Figaro

Sabine Wespieser EditeurSur le blog littéraire Attrape-Cœurs, retrouvez quelques extraits d'une belle interview sur le travail éditorial de Sabine Wespieser. L’interview dont il est question a été publiée sur le site web du Figaro le 30 juin sous le titre Sabine Wespieser, la petite qui voit grand. Vous pourrez également trouver dans ce billet quelques suggestions de lecture ou de relecture pour cet été.

La première fois j'ai tenu un livre de Sabine Wespieser c'était à la librairie des Abbesses. Marie-Rose, la libraire, me l'avait mis entre les mains. Elle ne tarissait pas d'éloge sur Terre des oublis de Duong Thu Huong. C'était un beau livre épais et lourd. Puis, ce fut à la librairie L'Attrape-Cœurs avec Le canapé rouge de Michèle Lesbre. A l'époque, le roman était en lisse pour le Goncourt. Enfin, c'était à l'occasion de la sortie du roman de Michal Govrin, Sur le vif et de la rencontre avec l'auteur à la librairie L'Attrape-Cœurs toujours.

Mais revenons à l'interview du Figaro. Elle est intéressante car elle nous éclaire sur le travail de l'éditeur. Voici ce que j’en retiens  :

« Ce qui nous lie Actes Sud et moi, c'est la valorisation de l'objet livre, mais aussi certains auteurs (...). »
Dans le billet consacré à Sur le vif, j'avais souligné un rapport particulier au livre de Sabine Wespieser, au livre en tant qu'objet que l'on manipule au cours de la lecture.

« Mon modèle dans l'édition, c'est le malthusianisme des éditions de Minuit : même nombre d'auteurs depuis des années, même nombre de salariés et une rigueur dans le nombre de titres parus par an. »
Lorsque j'étais étudiant j'avais une affection particulière les éditions de Minuit - très joli nom au demeurant. Pas évident comme lecture mais j'y retournais à chaque fois avec une joie et une sensation étrange comme pour une expérience extrême. A chaque fois je me demandais ce qui allait m'arriver. Ce fut Becket, La dernière bande au lycée en première. Puis Alain Robbe-Grillet avec Djinn et Projet pour une révolution à New York (ce ne sont pas ses meilleurs textes qu'il me reste à découvrir) et son brillant essai Pour un nouveau roman. Révolutionnaire ! Ce fut également le petit opus de Marguerite Duras au nom troublant de Moderato cantabile. Inoubliable également Michel Butor, La modification, L'emploi du temps. J'en oublie et de meilleurs mais ceux-là suffisent. L'esprit est là tout entier : l'aventure éditoriale, l'avant garde. Le dernier livre que j'ai lu chez l'éditeur c'était Comment parler des livres que l'on n'a pas lus de Pierre Bayard. Très stimulant - si l'on en fait bon usage - et bon esprit.

« Je vais vous répondre de manière mégalomaniaque en disant que ce sont mes choix, ma personnalité, qui créent la cohérence du catalogue. »
Bravo ! Trois fois bravo ! Rien de mieux pour la cohérence de la ligne éditoriale que la personnalité de l'éditeur. "Qui m'aime me suive !" Que l’éditeur fasse ses choix en fonction de ses goûts et affinités sincères plutôt qu’en fonction de ce qu'il s'imagine être le goût du lectorat, voilà qui est parfait. Pour ma part, on touche là fondamentalement au travail de l’éditeur et qui le distingue des entreprises de marketing : éduquer le goût des lecteurs plutôt que de le flatter, voir de le pervertir. "Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée." Malgré toute l’ambiguïté de cette phrase, quelque part je crois en cette idée. Je reste convaincu que tout un chacun est à même de faire la part des choses, moyennant quelques efforts et pourvu que l'on cesse d'assommer les gens à grands coups d'opérations marketing et de communication.

« Quant à mes goûts, eh bien, j'aime quand la littérature résulte de cet exercice périlleux qui consiste à conjuguer forme et sens. Je ne publierai jamais des textes complètement expérimentaux, parce que je ne m'y sens pas très à l'aise, ni uniquement des belles histoires parce que j'aime qu'on me les raconte. »
Pour la dimension expérimentale des textes, voilà qui distingue clairement Sabine Wespieser Editeur des éditions de Minuit par exemple. Quoique l'éditeur fasse référence à des textes "complètement expérimentaux". En effet, dans Sur le vif, il y a quelque chose d'expérimental dans la construction et dans la narration même si au final la forme romanesque ne s'en trouve pas complètement révolutionnée. Il reste cette sensation de lire un beau roman.

« J'aime quand la littérature est une fenêtre ouverte sur le monde. J'ai plus compris du Vietnam contemporain en lisant Duong Thu Huong que Le Monde diplomatique. »
Oui, la littérature - si l'on met de côté les aspects expérimentaux qui selon moi ne sont pas une fin première mais sont soumis et participent aussi à leur manière de la compréhension du monde - c'est poser un regard pertinent sur le monde et faire revivre des sensations, des situations, voire une culture - tout dépend du génie de d'écrivain -, en rendre toute l'épaisseur, la complexité, enfin la partager.
Pour connaître le Viet Nam d’aujourd’hui, on pourra également lire A nos vingt ans de Nguyên Huy Thiêp. Ce n’est pas le meilleur livre de l’auteur - la fin est un peu décevante - mais vous ne pourrez pas dire que vous n’êtes pas Viet Nam. Ce roman a été traduit dans plusieurs pays mais reste interdit à la publication au Viet Nam. Conséquence logique, l'édition en Vietnamien est gratuite et se trouve sur le web… [Pour être précis, cela était vrai il y a un peu moins de deux ans. Mais le web fait bouger beaucoup de choses et ce n'est peut-être plus vrai aujourd'hui. A voir.]

« Selon moi, un livre n'est pas une tour d'ivoire, il doit être en prise directe avec le réel. »
Ce point de vue est compréhensible et découle de ce qui précède. C’est la vision de l'éditeur, son parti pris éditorial. En lisant Lao She, Gens de pékin ou Le pousse-pousse, par exemple, on est en prise directe avec la réalité de la culture chinoise au début du siècle précédent. L’écriture de Lao She nous prend au ventre ; nous saute à la gorge. Nous l’éprouvons physiquement.
Toutefois, j'apporterais une nuance. En effet, il y a peut-être différentes façons d’être en prise avec le réel, des façons plus expérimentales. Pour poursuivre avec la littérature chinoise, on peut prendre à titre d’exemple le travail de Gao Xingjian (prix Nobel de littérature 2000) dans La montagne de l’âme. Vous en apprendrez beaucoup sur la Chine bien que l’écriture puisse vous déconcerter. Le réel se saisit parfois mieux de façon indirecte, détournée. Tout comme Ulysse aux mille expédients, l’écrivain doit parfois user de ruse pour approcher le réel, le débusquer, le déloger. Ainsi dans Le rivage des Syrtes, Julien Gracq peut-il donner l’impression d’écrire depuis une tour d’ivoire. Pourtant son texte ne manque pas de pertinence. Il est même d'actualité. N’oublions pas que ce qui a été expérimental à une époque est aujourd’hui en partie devenu la norme, même en littérature.
En revanche, ce qui est très horripilent, et c’est sans doute là où Sabine Wespieser veut en venir, ce sont ces auteurs qui n’ont rien à dire, rien à montrer, qui n’ont pas d'adhérence au monde, à la réalité et qui dans un exercice vain de solipsisme s’épuisent à décrire un monde au mieux factice. Aussi, je partage fondamentalement l’opinion de Sabine Wespieser. Si un texte n’a rien à nous dire, n’a rien à nous apprendre sur le monde, s’il n’est pas pertinent alors posons la question : Qu’est-ce c’est que ce texte ? Quelle est sa place ? Quelle est sa signification ? Quel est sa valeur ?

« Pour les hommes d'affaires, c'est difficile de comprendre que je ne me suis pas payée pendant quatre ans, que l'édition est pour moi un mode de vie, que je préfère publier peu, que je n'ai pas l'intention de renoncer à mon papier qui est le plus cher du marché. »
L'édition comme un mode de vie ! (Non comme un business.) La littérature comme fin en soi. Le papier enfin. Qui a lu un gros livre de Sabine Wespieser Editeur en connaît la valeur et l’importance.

« Les années suivantes, le succès est allé crescendo : le prix des lectrices de Elle pour Duong Thu Huong, le prix Femina étranger pour Nuala O'Faolain, la reconnaissance de Michèle Lesbre dans la sélection du Goncourt. Je me reconnais totalement dans les livres de ces trois femmes. »
Et oui, pour ceux que ne l’auraient pas compris, Sabine Wespieser est un éditeur aux goûts et à la ligne éditoriale plutôt féminine.

Voilà, encore une fois bravo à Sabine Wespieser pour son travail. C'est une belle interview qui nous en apprend beaucoup à nous, lecteurs, sur le métier d'éditeur. Sans nier la réalité économique, je ne peux m'empêcher de mettre en perspective cette interview avec celle des Editions XO qui date de quelques mois. On ne le répétera jamais assez : il y se trouvera toujours des gens passionnés.

Bravo au Figaro pour sa capacité à produire de telles interviews en toute impartialité. A chacun de se forger son opinion.


Ce point de vue sur le texte est éminemment subjectif et n'engage que son auteur. Si vous voulez réagir à ce billet, donner votre sentiment sur le récit, porter un regard différent sur le texte, raconter une anecdote sur l'auteur ou autre, la discussion continue avec les commentaires.

La lettre du blog Attrape-Coeurs n°5

Lettre n°5 du 01/07/08

Bonjour,

Voici la cinquième édition de La lettre du blog littéraire Attrape-Cœurs.

Si vous avez suivi le blog, vous avez peut-être remarqué que le mois de juin a été... sérieux. Tout d'abord, ça a été deux romans noirs de programmés pour le groupe de lecture de la librairie L'Attrape-Cœurs, puis des chroniques - fort utiles je l'espère - sur les manipulateurs et enfin plusieurs réflexions sur l'avenir du livre. Je reviens sur l'actualité de ce mois de juin dans le détail.

Le mardi 3 juin, nous nous sommes réunis autour du roman noir de Marcus Malte, Garden of love. Je ne l'avais pas lu - la terre entière va le savoir ou presque :-) - ou, plus exactement, j'avais calé aux environs de la 80ème page. A posteriori, je crois que c'est le schéma "j'en étais sûr, il est revenu et tout va recommencer comme par le passé" ou bien "non, ne me dit rien, je ne veux pas savoir / finalement dis moi tout, je veux tout savoir..." qui a eu raison de ma motivation. Ca commençait pourtant fort...
Bref, pendant la soirée il y a eu les "pro" et "anti". Mon sentiment personnel après avoir écouté la discussion, c'est qu'au final le texte n'échappait peut-être pas aux lieux communs du genre. On ne va pas refaire la discussion mais le mot a été lâché : On a parlé de "poncifs", exemples à l'appui. Mais chacun voit midi à sa porte et on ne le répétera jamais assez, que l'on ai aimé ou pas, ce n'est pas grave. Après tout le roman a aussi eu le prix des lectrices Elle.
Ce qui serait grave, en revanche, ce serait de contraindre la liberté d'expression de chacun. Dans ce sens, il serait peut-être utile de relire le beau message de tolérance de Michal Govrin.

Sur le blog, vous aurez également l'occasion de lire quelques chroniques sur le thème du développement personnel. Comment vaincre ses peurs ? Comment gérer les manipulateurs en amour et dans le quotidien ? Ces lectures sont très instructives et utiles. D'utilité public je dirai même car le propos est sérieux. On apprend ainsi qu'il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des mots, ni le caractère pathologique et destructeur de la relation avec un manipulateur. Si vous avez des soucis de cet ordre, on ne saurais que trop vous recommander d'acquérir un de ces ouvrages - ou un autre - tant le bénéfice sera grand au regard du coût.

Le samedi 14 juin se tenait le Bookcamp au cours duquel s'est déroulé une demi-journée d'expérimentations et de réflexions autour du livre et du numérique. Cette demi-journée était organisée par Hubert Guillot animateur entre autres de l'excellent blog La feuille. Pas de manipulateurs en vue pendant le Bookcamp et liberté d'expression totale ! :-) Voilà qui a favorisé le dialogue. Certaines idées présentées par les intervenants étaient très stimulantes et fécondes, pour ne pas dire révolutionnaires ou subversives, et parfois même irrévérencieuses. :-) C'est vous dire ! Avec trois plages horaires et cinq ateliers programmés par plage horaire, nous ne nous sommes pas ennuyés. Hubert et ses partenaires avaient bien fait les choses. Chapeau !
Le Bookcamp a donné lieu à une série de billets et quelques commentaires, notamment de Hélène et Sophie du Syndicat de la Librairie Française, sur le blog mais aussi dans la bibliosphère. Le bookcamp a par ailleurs beaucoup essaimé dans la bibliosphère et vous retrouverez toutes les ressources en suivant le lien Bookcamp digest sur le blog de Hubert Guillot.

Le samedi 14 juin se tenait également le Salon du livre de jeunesse organisé par la librairie L'Attrape-Cœurs et la librairie Le rideau rouge auquel je n'ai malheureusement pas pu participer pour cause de Bookcamp. Mais peut-être quelqu'un prépare-t-il quelque chose sur le sujet... ;-) Les échos que j'ai eu du salon sont très positifs : temps superbe, ambiance festive et pas de blessés pendant le montage / démontage des "barnums" ce qui n'est pas rien. :-) Bref, une journée très réussie et un soulagement pour les organisateurs.

Vous trouverez enfin sur le blog quelques extraits et commentaires personnels par rapport à la belle interview de l'éditeur Sabine Wespieser récemment publiée sur le site web du Figaro.

 

Note : Cette lettre est exceptionnellement envoyée à certains participants du Bookcamp pour information. Pour ceux qui le désirent, vous pouvez vous inscrire à la lettre sur le blog (voir également plus bas dans la lettre).

 

Au programme de cette lettre :

1. Toutes les publications depuis début juin

2. Les nouveautés sur le blog

1. Les publications depuis début juin

Mentionnons également quelques commentaires sur le blog ...

  • Deux commentaires sur un exemple de site web editeur 2.0, celui des Editions Volets verts
  • Quatre commentaires sur le résumé de l'atelier site web éditeur 2.0, notamment avec les interventions de Hélène et Sophie du SLF

... ainsi que quelques billets et commentaires dans la bibliosphère :

  • Sur le blog teXte de Virginie Clayssen
  • Sur le blog TiersLivre de François Bon
  • Sur le forum de TiersLivre de François Bon toujours, ici pour les photos du Bookcamp et pour la discussion
  • D'autres part, le blog Attrape-Cœurs a été agrégé dans l'univers NetVibes "100 blogs littérature & Internet" créé par François Bon

 

2. Les nouveautés

  • Un lien pour s'inscrire à la lettre plus visible

Le lien qui permet de demander son inscription à la lettre a été placé en première position dans la colonne de droite du blog. Il a également été rendu plus visible :    > Inscription à la lettre

  • Des liens vers les blogs amis

Dans le menu à droite, des liens vers des blogs amis ont été ajoutés. La présentation n'est pas encore parfaite et la liste des liens sera enrichie au cours du temps.

  • Une vidéo expliquant l'utilisation des fils RSS

Toujours dans la colonne de droite, une vidéo en français vous expliquera très simplement l'utilisation des fils RSS. Très pratique pour suivre les nouvelles publications sur le blog.

  • Une nouvelle catégorie

Une nouvelle catégorie fait son apparition : "Lecture de demain". Dans cette catégorie seront regroupés les billets relatifs aux nouvelles technologies (livre électronique principalement) et aux nouveaux usages ou nouvelles pratique de la lecture.

  • Contribuer au blog

Chacun peut être contributeur sur le blog. Il n'y a aucune obligation d'être actif en tant que rédacteur et chacun des inscrits participe à son rythme. La liste des rédacteurs du blog s'affiche en haut à droite du blog.

Si vous n'êtes pas inscrit et souhaitez devenir rédacteur sur le blog pour écrire vos propres billets, n’hésitez pas à consulter le mode d’emploi via le lien Mode d’emploi, toujours en haut à droite dans le menu « Liens », à la section « Pour débuter... ». Toutes vos contributions sont les bienvenues ! :-)

 

Bonne lecture et à bientôt sur le blog !

Si cette lettre est susceptible d'intéresser des proches ou des connaissances à vous, n'hésitez pas à la faire suivre ! (1)

 

Le blog littéraire Attrape-Cœurs est indépendant de la librairie L'Attrape-Cœurs. Il s'agit un blog de lecteurs créé à l'initiative de lecteurs et ouvert à tous.
Chacun est libre de participer et de s'exprimer sur le blog dans le respect de la charte de bonne conduite. :-)

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Blog Attrape-Cœurs

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Vous êtes inscrit à la Lettre du blog Attrape-Cœurs. Si vous ne souhaitez plus recevoir cette lettre, vous pouvez envoyer un message par retour de mail ou à l'adresse contact@attrape-coeurs.fr (faites simplement "répondre au message" avec comme titre "désabonnement"). Si vous n'êtes pas inscrit à la lettre, vous pouvez en faire la demande à la même adresse.

Pourquoi cette lettre ?
Tout le monde n'a pas forcément le loisir de consulter régulièrement le blog pour lire les derniers billets publiés. Avec la Lettre du blog Attrape-Cœurs, c'est le blog qui vient à vous ! Dans cette lettre, vous trouverez la liste des dernières publications sur le blog ainsi qu'un lien permettant d'y accéder. L'envoi de la lettre est fonction du nombre de publications sur le blog et/ou de leur importance.

Note : Le blog Attrape-Cœurs est indépendant de la librairie L'Attrape-Cœurs même s'il en est proche. Il s'agit d'un blog de lecteurs créé à l'initiative de lecteurs et ouvert à tous (lecteurs, auteurs, libraires,...). Chacun est libre de s'exprimer sur le blog.

(1) Vous pouvez faire suivre cette lettre dans votre entourage avec toutes les précautions d'usage, c'est-à-dire auprès de personnes susceptibles d'en être intéressées et sans en altérer le contenu (sauf les fautes).

mardi 29 avril 2008

Commentaire de Michal Govrin suite à la lecture

Michal Govrin nous a fait l'amitié d'un superbe message envoyé sur la messagerie du blog littéraire Attrape-Cœurs. Bien que j'en sois le destinataire, il s'adresse également à Sylvie et Erika ainsi qu'à tous les lecteurs de la libraire L'Attrape-Cœurs - et aux autres lecteurs aussi bien entendu :-). Je vous le livre dans ce billet. (Voir également en commentaire.)

Michal précise que ce message fait suite à la lecture et aux échanges qui s'en sont suivis.

De: Michal Govrin
A: "Contact blog Attrape-Coeurs"
Cc: Christophe Grossi, Valérie Zenatti, Sabine Wespieser
Objet: RE: Michal Govrin, Sur le vif - Soirée rencontre - Photos - Discussion autour du livre
Date: mar 29/04/08 14:37

Cher Renaud,

Je suis touchée et reconnaissante en lisant votre lecture si attentive et profonde de Sur le vif. Et merci aussi pour les échos des lecteurs pendant et après la soirée a la librairie L'Attrape-Cœurs.

Dans mon esthétique, voire étique du romancier, la place du lecteur est essentielle. C'est il ou elle qui est "le metteur en vie de l'œuvre", qui donne voix au monologue écrit, en ajoutant forcement ses résonances personnels les plus divers. Et puis, si l'espace ouvert par le roman, reste sans être dominé par des certitudes d'une voix autoritaire, il appel le lecteur a tracer son propre trajectoire dans la situation humaine dévoilée,  incommensurables par définition, et de la vivre a sa manière.

Je peux le nommer aussi: le roman comme écriture partagée, et les lecteurs – les vrais –des artistes, qui rappellent – même dans notre monde de la consommation rapide – l'émouvant art de la lecture comme une forme secrète de la liberté .

J'étais touchée que vous avez si bien reconnu l'apport de Valérie Zenatti et de Sabine Wespieser dans Sur le vif – "traduction" et "objet"…

Votre blog, Renaud, m'encouragera en écrivant, et la soirée a la librairie L'Attrape-Cœurs, me restera comme un des moments les plus lumineux de la sortie de Sur le vif.


Bien a vous, Renaud, a l'équipe et aux lecteurs de L'Attrape-Cœurs,

De Jérusalem,

Michal Govrin


Le site de Michal Govrin (le site s'affichera dans une autre fenêtre) : www.michalgovrin.com

lundi 28 avril 2008

Instantané (Snapshot en anglais)

Suite aux billets consacrés à Michal Govrin et à son roman Sur le Vif, le blog littéraire Attrape-Cœurs a eu la très heureuse surprise de recevoir un message de sympathie. Je publie le message dans ce billet. (Voir également en commentaire.)

De: Christophe Grossi
A: administration@attrape-coeurs.com
Cc: Michal Govrin, Valérie Zenatti, Sabine Wespieser, Sylvie
Objet: Re: Michal Govrin, Sur le vif - Soirée rencontre - Photos - Discussion autour du livre
Date: lun 28/04/08 16:01

De la part de toute l’équipe de Sabine Wespieser éditeur, un grand merci à vous, Renaud, pour cet excellent travail de passeur autour du roman de Michal Govrin ainsi que pour les photos souvenirs...
Très bonne continuation et à une autre fois, j’espère.
Bien sincèrement,

--
Christophe Grossi
***@swediteur.com

NOUVELLE ADRESSE

SABINE WESPIESER ÉDITEUR
5 RUE BARBETTE
75 003 PARIS
TÉL 01 44 07 59 59
FAX 01 42 71 21 67

Le site de Sabine Wespieser éditeur (le site s'affichera dans une autre fenêtre) : www.swediteur.com

vendredi 11 avril 2008

Sur le vif, Michal Govrin, 5/5

Sur le vif : le point de vue d’une femme sur le conflit au Proche-Orient

Couverture de l'édition française de Sabine WespieserSur le blog littéraire Attrape-Coeurs, voici une présentation de Sur le vif, Michal Govrin, édit. Sabine Wespieser éditeur, trad. Valérie Zenatti.

Mardi dernier, nous avons discuté autour du roman de Michal Govrin, Sur le vif. Josiane et Jean-Claude s’étaient joins au groupe pour la première fois. La discussion était vive et pour eux c’était un peu le baptême du feu ! :-)

Je le dis d’emblée, comme d’une façon urgente, Sur le vif est un livre admirable. C’est un grand texte, une traduction brillante, un objet parfait.

Le texte
Sur le vif est un texte dense et exigeant, difficile à démarrer. Michal Govrin aura mis dix ans pour l’écrire. Le roman prend place pendant des évènements que nous avons tous connus et que pourtant nous connaissons très mal, le début des années quatre vingt-dix et la Guerre du golfe.

Dans sa construction le texte alterne trois niveaux d’écriture : les snapshot ou instantanés, des discontinuités au cours desquelles le flux trivial du quotidien surgit comme des clichés, des morceaux coupés au montage d’un film de voyage amateur ; le dialogue mentale d’Ilana avec son père, son souvenir et le besoin vital de lui parler, de lui raconter, de poursuivre la discussion, la réflexion, le travail par delà la mort et, enfin, le récit lui-même. Le texte comme architecture.

Quand est-ce que le texte accroche ? Aux premières réminiscences de Histoire d’une vie, le roman de Aharon Appelfefd et que Michal Govrin remercie à la fin du roman, ou aux premiers ébats, très orientaux, d’Ilana avec Saïd ? Je ne sais. Le fait est que le procédé littéraire, exigeant au commencement, produit un effet inattendu qui se déploie et envoûte.

New Jersey, New-York, Paris, Jérusalem, Paris, les lieux s’enchaînent. L’errance toujours. Architecte de renommée internationale, les projets d’Ilana l’appellent sur tous les continents. Alain, son mari, orphelin rescapé d’un camp et historien court le monde à la recherche des noms de son passé. Le couple bat de l’aile, sérieusement. Alain sent la compétition avec Saïd, le metteur en scène palestinien qui collabore avec Ilana sur un projet de performance. Le couple part à la dérive.

Errance géographique, errance affective, Ilana s’abandonne totalement, inconditionnellement - ce qui ne signifie pas selon leur volonté - à ses amants, nombreux. Mais toujours reviennent comme un leitmotiv la figure du père et le projet d’architecture, indissociables, le non monument, l’anti monument, le monument qui n’est pas monumental, le monument pour la paix : de frêles cabanes posées sur la colline du Mauvais conseil. Les frêles cabanes, les souccas, comme la promesse d’une solution métaphysique au conflit Israélo-Palestinien : la Jachère, le lâché prise. Leitmotiv le monument pour la paix, la performance, la troupe de Saïd, Saïd, le père.

Les personnages du roman sont stéréotypés - jamais caricaturaux - et c’est un des grands mérites de l’écrivain que de faire vivre autant de personnages. Tout comme le mathématicien choisi ses hypothèses en vue de la démonstration, Michal Govrin, en architecte de son œuvre, choisi et décrit soigneusement, rigoureusement ses personnages. Alain, intelligent, bourgeois, inquiet, taciturne est la figure du juif. Saïd, dans la promiscuité de la vie d’artiste, félin, séducteur, égoïste, inconstant, rigide est la figure de l’arabe. Claude, divorcé, dévoué, fidèle confident, discret, opportuniste est la figure du français. Sa figure est complétée par celle des deux collègues d’Ilana du bureau parisien, Colette et Fernand, attentionnés, prévenants, paisibles - lâches ? Aharon Tsouriel, le père d’Ilana créateur d’Israël, romantique, plein d’illusions, désillusionné, reconnaissant naïveté et erreurs, est le pionnier, le créateur. Signalons également, David et Yonathan, les deux enfants d’Ilana, deux personnages, deux personnalités à part entière et prouesse littéraire de Michal Govrin tant ils sont vivants. Leur mère les suit comme une caméra, attentive au moindre mouvement, à la moindre variation. Ilana, enfin, architecte, mère et amante, amante et mère, insatiable, libre, sur le fil. Ilana ne se décrit pas mais se découvre au fil des confidences, des sentiments qu’elle explore et dont elle n’est pas dupe. Le corps a ses raisons que la raison ignore. Et d’où vient que les innombrables personnages qui traversent le récit sont si justes, si bouleversants ? De la pratique du théâtre ? De la fréquentation des acteurs ? De la troupe ? De la mise en scène ? Le texte comme performance.


La symbolique est transparente. Alain est Israël et le peuple juif, Saïd est la Palestine et le peuple arabe. Deux hommes en concurrence et que apparemment tout oppose s’affrontent sans se connaître pour Ilana. Ilana comme enjeu, le seul véritable - pour l'homme -, symbole de la femme, de Jérusalem et de la terre, féconde et fécondée. Mais, nous dit l’écrivain, Ilana, la femme, Jérusalem, la terre n’appartient à personne ; elle n’appartient qu’à elle-même : c’est la métaphore de la jachère, du lâché prise symbole de liberté, de tolérance, de partage, de paix. Une fois tous les sept ans, une année entière, les clôtures sont ouvertes, la terre est laissée à elle-même et chacun en recueille les fruits. Cette idée nous a appris l’écrivain est présente dans tous les grands textes religieux mais n’a jamais existé dans la pratique. Enfin, le père d’Ilana, créateur d’Israël, est bien entendu la figure du Père, du Dieu créateur. Comme l’a rappelé Michal Govrin au cours de notre rencontre, dans la cosmogonie hébraïque, c’est Dieu l’artisan de la confusion dans l’ordre du monde… Peut-être y a-t-il là encore un symbole. Et peut-être Alain a-t-il raison, n’est-ce pas pure folie que de rassembler le peuple juif sur un seul territoire ? Le texte comme symbole.

Ilana agit comme un révélateur, le pivot autour duquel s’articule la réflexion. Saïd et Alain, palestiniens et israéliens, arabes et juifs sont renvoyés dos à dos dans leur égoïsme et dans leur intolérance. On voit bien - Michal Govrin nous donne à voir - comment Alain et Saïd, sans se connaître, s’enlisent chacun à leur manière dans la haine et dans le refus obstiné de comprendre l’autre, de dialoguer, de dépasser le conflit. Et s’il leur vient quelque velléité dans ce sens, la communauté vindicative s’abat sur eux. Témoin privilégié et désemparé des incompréhensions de part et d’autre, Ilana souffre terriblement et nous sommes spectateurs de ses souffrances. Contrairement à ceux qui ont pris le parti de la haine, la liberté de son amour dépasse les conflits, les résous, les dissous. Elle nous donne une belle leçon d’amour et de tolérance. D’ailleurs, si le texte nous dérange, voire s’il nous met en rage, nous devrions nous inquiéter de savoir d’où vient ce sentiment, du comportement d’Ilana ou de notre plus ou moins grande tolérance, liberté d’esprit ?

Snapshots - Couverture de l'édition américaineEn Israël, Sur le vif a été mal accueilli par les partis politiques de droite comme de gauche. Par la lucidité et la liberté de ses propos l’écrivain s’est fait des ennemis de tous bords. Mais au fond quoi de plus logique ? Ne tente-elle pas de dépasser le conflit dans lequel nombre trouvent leur légitimité ? J'y vois la marque essentielle d'un grand roman qui dépasse les faux semblants et jette une lumière crue sur la réalité. Un de ces romans qui se fraie un chemin jusqu'à approcher la vérité et qui dérange.

Trop d’intérêts sont en jeu et dès le début du roman nous savons que Ilana est morte dans un accident de voiture sur une autoroute d’Allemagne, que son œuvre ne verra pas le jour et que, peut-être, elle emporte avec elle le trait d’union entre juifs et arabes – et que peut-être aussi Alain aurait accepté.

Admirable aussi ce procédé qui à tous les niveaux de l’écriture consiste en premier lieu à résumer un fait totalement, à en donner l’épilogue immédiatement pour ensuite revenir en détail sur le fait et le commenter, l'explorer. L’écrivain désamorce le suspens et le lecteur est tout entier à la pensée de l’instant, et non dans une fuite en avant. C’est l’anti roman de genre, une œuvre de pur travail, de pure réflexion : un chef d’œuvre.

La traduction
Je ne lis pas l’hébreu. Et pourtant, lorsque Sylvie a dit que la traduction Valérie Zenatti était très bonne, j’ai spontanément renchéri en disant qu’elle était excellente. Qu’est-ce qui m’autorise de dire cela ? Ce français irréprochable, cette vérité et cette justesse dans les phrases et dans le ton. Je ne sais. C’est peut-être juste que j’ai trouvé le texte excellent en français.

Mais écoutez plutôt l’interview de Michal Govrin par Valérie Zenatti. C’est sans doute l’écrivain qui en parle le mieux. A un moment, Michal Govrin interrompt spontanément le fil de son discours pour rendre hommage au travail de son éditeur et de sa traductrice.

L’objet
Sur le vif est un gros morceau de feutre posé sur les genoux. C’est un rapport physique avec le livre. Le texte est dense et l’objet est lourd, aussi le contact visuel et tactile avec le livre participe du plaisir de la lecture. Les pages sont impeccables, la typographie irréprochable, il n'y a pas de coquilles. La couverture aux couleurs claires, pastel, un peu désuètes est apaisante et invite à la lecture. Elle est doublée de chaque côté du livre d’une page interstice marron qui protège le texte.

C’est le printemps. Le livre posé sur les genoux pèse et les mains transpirent. La couverture boit la sudation. Le livre est résistant et à force de manipulations la couverture se peluche légèrement entre les doigts comme un buvard : les pages restent impeccables. Le livre accompagne, aide, encourage tout au long de la lecture de ce texte dense.

A la fin de l’édition française de Sabine Wespieser se trouvent des photos montages de Michal Govrin. Ils donnent une idée de ce qu’est la colline du Mauvais conseil, de ses paysages et du monument pour la paix qu’a imaginé Ilana Tsouriel. L’édition américaine intègre dans le texte, avec les snapshot, des photos, des clichés pris par la fille de l’écrivain au cours de leurs repérages. En suivant le lien vous pourrez voir un extrait de l'édition américaine.

Un chef d'œuvre, une œuvre d'art
Pendant la soirée de lecture, j’ai parlé de chef d’œuvre à propos de ce livre. Erika m’a repris au vol et a dit qu’il y avait tout de même quelques défauts. Bien entendu. Comme dans tout chef d’œuvre, comme dans tout, oui, il y a des défauts. Plus tard, j’ai repensé à cette échange. Une certaine langueur était nécessaire pour la beauté de l’ensemble. Ce texte a été tant travaillé, ciselé, qu’il peut sans aucun doute être qualifier de chef d’œuvre. Je pousserai même jusqu’à dire que ce texte n’est pas simplement une construction quasi parfaite - aussi parfaite qu'une création humaine peut l'être -, c’est une œuvre d’art. Une œuvre d’art qui par sa singularité transcende les mots qui la portent, dépasse le créateur et que l’on en fini pas d’interroger, de déplier. Aussi étrange que cela puisse paraître, Michal Govrin a réussi à insuffler quelque chose de l'ordre de l’architecture, de la performance et du photo journalisme à ce texte, cette œuvre d’art.

Sur le vif est un texte dense et brillant qui demande des efforts intellectuels au lecteur et aussi - et peut-être surtout - de tolérance mais celui-ci est récompensé bien au delà de sa peine. Ce roman est construit de matériel, de scènes superbes qui sont à découvrir urgemment (1).


Voilà, je voudrais remercier Erika et Sylvie pour leur travail de conseil, pour m’avoir fait découvrir ce texte que je ne suis pas près d’oublier et pour m’avoir permis de rencontrer Michal Govrin. Je voudrais également saluer l’excellent travail éditorial de Sabine Wespieser qui a publié ce texte et l’impressionnante et inoubliable traduction de Valérie Zenatti.


Notes :
(1) Pendant la soirée de lecture, j'avais dit que si Michal Govrin écrivait encore deux ou trois romans de cette trempe - est-ce possible ? - alors pour ma part elle mériterait le prix Nobel de littérature. Mais peut-être mériterait-elle aussi - et peut-être même de façon plus urgente - le prix Nobel de la paix.


Interview :
Pour voir l'interview au Salon du livre de Michal Govrin par Valérie Zenatti, suivez le lien Interview de Michal Govrin.


Extrait :
« Et les femmes ? Non, ne je vais pas faire semblant, papa. Elles distillent le poison de la revanche dans la peur, rendues folles par les gémissements de douleur et de terreur. Elles font prêter serment aux hommes, aux fils, les envoient mourir au nom de la mère, de la femme, de la terre. Et à leur retour, elles attendront sur les bas-côté de la route, droguées par la douleur, un chant de combat héroïque sur les lèvres. Dissimulant la honte, la culpabilité.

Aurai-je l’occasion de dire cela à Saïd ? Lui raconter David et Yonathan, collés à moi ? La nausée, la peur ? Lui demander comment Kaïna et les enfants ont traversé cela ? S’est-il seulement déjà posé la question, une fois au delà des slogans ?
Et comment je me suis tue dans la salle plongée dans le noir, au milieu des cris meurtriers de haine pendant la représentation du Clown. Compréhensive, libérale… Comment je n’ai pas osé parler là-bas des cabanes, de la jachère… Je n’ai pas osé, papa.
(C’est peut-être pourquoi nous nous sommes retrouvés corps contre corps ? Dans l’illusion que nous pleurerons un jour ensemble notre histoire sanglante commune ?)

L’odeur sucrée dans la chambre des enfants.
Je suis assise là, dans le noir, au pied du lit de David.
Se calmer.
»


Ce point de vue sur le texte est éminemment subjectif et n'engage que son auteur. Si vous voulez réagir à ce billet, donner votre sentiment sur le récit, porter un regard différent sur le texte, raconter une anecdote sur l'auteur ou autre, la discussion continue avec les commentaires !

jeudi 27 mars 2008

Photos de la rencontre avec Michal Govrin et Sabine Wespieser

Dans ce billet vous trouverez un lien depuis blog littéraire Attrape-cœurs vers les photos de la rencontre avec l'écrivain Michal Govrin et, son éditeur, Sabine Wespieser pour la sortie française de son premier roman Sur le vif. Michal Govrin, écrivain israélien en langue hébraïque, était présente au salon du livre. Nous l'avons rencontré à la librairie le jeudi 19 au cours d'une soirée mémorable. L'écrivain s'est livrée à ce que j'ai décris comme une performance (mais ce point de vue est très subjectif, voir le billet précédent) ; performance d'autant plus remarquable qu'elle terminait le salon du livre. Pour consulter les photos, suivre le lien photos de la soirée (les photos s'afficheront dans une nouvelle fenêtre).



Rencontre avec Michal Govrin et Sabine Wespieser

Jeudi 19 mars, nous avons eu la chance de rencontrer Michal Govrin et son éditeur Sabine Wespieser pour la sortie française du premier roman de l’écrivain, Sur le vif. Mémorable soirée que je range haut avec celle, fondatrice du blog en quelque sorte, passée en compagnie de Erri De Luca. Sur le blog littéraire Attrape-cœursen voici quelques mots.

L'esprit ailleurs ces derniers temps, je n'ai pas dépassé les trente-trois premières pages du roman au moment de la rencontre avec l'écrivain. Et puis, à la lecture, mon instinct de lecteur me disait de ne pas persévérer, de m’arrêter là, de laisser quelque chose se faire ou passer sur moi, y imprimer je ne sais quoi auquel j'aurais pu me raccrocher, donner corps à cette lecture et ainsi poursuivre.

Les lecteurs sont nombreux dans la salle du fond et jusque dans le couloir. Michal Govrin est installée derrière la table réservée aux invités et Sabine Wespieser, non loin d’elle, de l’autre côté de la table, est adossée aux étagères chargées de livres. L’écrivain a sorti un calepin aux pages remplies de son écriture et nous lit un passage de son roman en hébreu. C’est la première fois que j'écoute, que je prête attention à des paroles prononcées en langue hébraïque. Evidemment, c’est incompréhensible pour la plupart d’entre nous mais cela participe à nous mettre dans l’ambiance, nous invite au voyage – Erri De Luca avait également lu en italien. Alors qu’elle lit, je guette dans l'œilleton l’instant décisif, juste quand la lecture s’interrompt. Sabine Wespieser nous relie le texte en français. C’est au début du livre avec les snapshot, les instantanés. Impossible de reconnaître cette partie en hébreu.

L’écrivain nous explique pourquoi ces snapshot ; pourquoi ces trois niveaux de lecture qui s’imbriquent, ces trois polices de caractère qui s'entrechoquent. ...Ecrire comme la réalité, interrompre le récit pour le mettre en perspective avec l’immédiateté de l’instant, d’une part, et les souvenirs, d’autre part... Je suis l’écrivain dans l’œilleton de l’appareil, j’ai beaucoup de mal me à concentrer sur ce qu’elle dit. Elle explique son travaille en tant que gestionnaire de théâtre, metteur en scène et auteur de pièces. Sur le vif est son premier roman. Elle s’est beaucoup documentée sur le thème de l’architecture. Elle a participé à de nombreux séminaires et s’est imprégnée du langage et des habitudes, vestimentaires notamment, des femmes qu’elle a côtoyées à cette occasion. Tout cela nourri le texte.

Plus loin, l’auteur se lance dans une description de Jérusalem, une description géographique et topographique empreinte des textes Saints. La description qu’elle fait de Jérusalem au porte du désert, et donc de la mort, si colorée et si vivante impressionne. Elle dépeint des paysages magnifiques en bordure de la ville. Elle explique qu’il y a une évidence dans le choix de cette terre pour la ville Sainte tant le paysage y est sublime. Son langage est empreint de ce que l'on devine être la culture hébraïque. Il est comme modelé par quelque chose que je ne connais pas, par lequel je n’ai été façonné et dont je suis étranger. Elle fait beaucoup référence aux textes Saints. Tout cela est un peu abscons pour moi, surtout derrière l’appareil.

Je retiens que dans la cosmogonie hébraïque, Dieu a créé le monde des hommes à partir d’un monde originellement ordonné mais qu’il aurait détruit, désordonné ; et l’Homme, en quelque sorte, s’adresse à lui, lui demande des comptes : « Mais, Dieu, qu’est-ce que tu as fait là ? Qu’est-ce que c’est que ce chaos ? » C’est très différent de ce que je connais. Cela m’amuse et m'impressionne. Cette façon d’envisager la création doit être très structurante pour la pensée. Il faudra que je m’en souvienne si je vais là-bas !

Je la suis dans l’œilleton, toujours. C'est une femme très élégante et charismatique. Il y a quelque chose de théâtrale dans son maintien. Performance... Elle réalise une performance. Ce mot, cette idée, me viennent à l’esprit. Après le marathon du salon du livre qui s’est terminé en fin d'après-midi ; ce soir, elle réalise pour nous une performance. Pourquoi et comment ce mot, cette idée me sont-ils venus ? Est-ce le fait d'avoir évoqué le théâtre ? Pas sûr. Elle donne réellement l’impression d’essayer de nous communiquer, de nous transmettre, de nous faire passer quelque chose. Elle est posée, sérieuse, même dans ses plaisanteries, et on la devine généreuse. Elle évoque l'idée de la jachère. Une utopie dans laquelle les hommes occuperaient une position pour un temps donné et à tour de rôle. Cela me paraît une bonne idée tant du point de vue de l'équité que de l'efficacité. Dans la pratique cela n'a jamais vraiment existé.

Lorsqu’elle s’interrompt, le public est subjugué, un peu désorienté et les questions se font attendre. Heureusement, Sylvie, hôte prévenant, en plus des fleurs a préparé des questions et nous remet sur les rails. La soirée se poursuit ainsi avec des plaisanteries mettant en scène des juifs que l’écrivain nous raconte avec une joie communicative. Intelligentes, lucides, amusantes, elles nous introduisent plus avant dans la culture juive. Il y a beaucoup de lucidité et d’auto dérision dans ces histoires. Michal Govrin poursuit sa performance et nous nous amusons. Sylvie, décidément très en forme, y va de sa propre blague juive.

C’est le moment des dédicaces. Chacun discute en petit groupe en attendant son tour. Je prends quelques photos de Sylvie en compagnie de Michal Govrin et de Sabine Wespieser. J’échange quelques mots avec l’écrivain. Je lui dis tout le bien que j’ai pensé de son intervention, simplement mais sincèrement, que je regrette que nous n’ayons pas filmé la rencontre. Cela en valait vraiment la peine. La performance de l’écrivain aurait fait un beau podcast sur le blog.

Au moment de nous quitter elle me regarde dans les yeux. Nous nous donnons une poignée de main appuyée. C’est venu comme ça, naturellement. Au moment de relâcher la main, elle a un mouvement imperceptible – peut-être l'ai-je relâché légèrement trop tôt – et la poignée de main s’étire dans le vide. C’est un ainsi que nous nous disons au revoir.


Dans ce billet, j’ai sans doute omis beaucoup de choses intéressantes, des choses oubliées, mal comprises ou bien auxquelles je n’ai pas prêté attention. Pour ceux qui étaient présents à la soirée et qui se souviendraient de quelque chose d’intéressant ou de marquant, ils sont invités à apporter leur contribution sous forme de... snapshot... dans les commentaires. Ainsi, avec tous nos instantanés réunis nous aurons recomposé la soirée. Vous pouvez également tout simplement laisser un petit mot.

mercredi 5 mars 2008

Rencontre avec Michal Govrin et Sabine Wespieser

Sur le vif, Michal GovrinLa librairie L'Attrape-Coeurs et Sabine Wespieser Editeur ont le plaisir de vous inviter à rencontrer Michal Govrin à l'occasion de la parution du roman Sur le vif traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti le mercredi 19 mars à 20h.

Sylvie et Erika ont adoré et Sur le vif est également le sujet de notre prochaine lecture du mardi soir. Apparemment un livre dense et sans doute beaucoup d'échanges avec l'auteur en perspective (d'autant qu'Israël est invité d'honneur du salon du livre). Venez nombreux !

Si vous souhaitez nous rendre visite, suivez le lien localisation de la librairie.