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littéraire Attrape-Cœurs, quelques mots d’un article paru dans le Figaro Madame à
propos de la chick lit. Cet article a piqué ma curiosité. N’était-ce
pas le but de l’article d'ailleurs ? (Allez, je sais ce que vous pensez : "Ça
devait bien arriver ce genre de billet avec une charte graphique pareille. Il
lui manquait juste un prétexte.")Connaissez-vous la chick lit ou chicken litterature, littéralement la littérature de poulette ? Mais si vous connaissez. Le journal de Bridget Jones, ça ne vous dit rien ? Bon, au cas où vous seriez passé à côté des aventures de Bridget sur le papier comme à l’écran, voici la définition de la chick lit donnée par l'encyclopédie Wikipédia :
- « La chick lit se définit sur le plan thématique: elle raconte l'histoire d'une jeune citadine, âgée d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années, souvent blanche et généralement de classe moyenne. Elle est habituellement aux prises avec un travail harassant ou inintéressant dans le monde des médias (rédaction d'un magazine de mode, maison d'édition, émission télévisée...), à la recherche de l'homme de sa vie, souvent en désaccord avec sa famille (le plus souvent sa mère) ou minée par un besoin compulsif (celui d'acheter des vêtements, par exemple) visant à calmer ses anxiétés. Les aventures seront toujours saupoudrées d'humour et de dérision, spécificité essentielle de la chick lit. »
Tony Cartano explique ainsi qu’en terme de publication « la limite c’est la qualité ». Il évoque une « rencontre avec des livres ». (Rencontre avec un livre, avec un auteur, avec son public, avec une œuvre d’art,… C’est un peu la tarte à la crème cette expression.) Il poursuit : « Candace Bushnell pose un regard assez féroce, un peu effrayant sur ces femmes ambitieuses qui réussissent leur vie tout en la ratant. » Réussir sa vie tout en la ratant, voilà une formule intéressante qui résume assez bien l’époque et dont il ne faut pas sous-estimer le potentiel subversif. C’est un thème qui mérite effectivement d’être approfondi et qui peut inspirer de belles, voire profondes, créations littéraires. Parmi les françaises, Géraldine Maillet, l’auteur de French Manucure, écrit quant à elle sur le thème du « désert affectif actuel » et « insiste sur le mal-être de ses personnages ». On le voit, ce n’est pas vraiment la vie en rose. C’est même tout à fait sérieux et pertinent. Sur les thèmes du désert affectif et du mal être, il est remarquable de constater comment les auteurs de la chick lit rejoignent des auteurs tels que Breat Easton Ellis ou Michel Houellebecq. La boucle commence à boucler.
Et l’article de se conclure ainsi : « La qualité du texte devrait primer sur la classification. (…) De ce point de vue, la chick lit n’est qu’un système de classification qui facilite la vie des libraires (et des journalistes) en mal de rangement. » Décidément, dans cet article, je vais de surprises - agréables - en surprises. J’en suis presque tombé de ma chaise. Cette réflexion est si vrai et universelle que s’en est presque émouvant de la lire dans un article consacré à la chick lit. Nous parlons bien littérature. A titre personnel, j’ai toujours et malgré moi une pensée un peu condescendante - sentiment peu avouable - pour ces gens qui déclarent de façon péremptoire aimer tel ou tel genre. Elles déclarent par exemple « aimer les romans noirs » ou bien « aimer les romans policiers » apparemment sans discernement, indistinctement en quelqeu sorte pourvu que ce soit du « noir » ou du « policier ». Le poids et l’importance que l’on accorde à ces catégories arbitraires est pour moi incompréhensible. C’est quoi un roman noir ? C’est quoi un roman policier ? Mon nom est Rouge (Orhan Pamuk), c’est quoi ? Un roman policier ? Un roman noir ? Un roman historique ? Une roman d’amour ? Non, c’est tout cela à la fois et c’est surtout de la littérature. Et Georges Simenon, je le vois sur l’étagère, il est dans la Bibliothèque de la Pléiade à côté de Marcel Proust et d'Oscar Wilde. Avez-vous déjà entendu parler de roman policier à la Pléiade ? Y a-t-il une couleur particulière pour la couverture des policiers ? Non. Même siècle, même couleur. C’est de la littérature, c’est tout.
Mardi dernier, pendant l’after après la discussion consacrée à l’inénarrable roman de Clarence L. Cooper, Bienvenue en enfer, quelqu’un a rapproché le travail de l’auteur de celui d’Agatha Christie, sans doute par rapport aux catégories noir/policier (sur la définition desquelles d’ailleurs personne ne s’accorde). C’était peut-être là du second degré. Il n’empêche, la dernière gorgée de bière je l’ai avalée de travers. :-)
« La qualité du texte devrait primer sur la classification » comme le rappelle l'article et Julien Gracq a mille fois raison lui qui ne connait que deux genres, la littérature à l’estomac et la littérature sans estomac. Pour ma part, je suis très impatient de découvrir la "chick lit à l'estomac".
- Voici l’adresse du temple de la chick lit. Avouez que trouver de la littérature là dedans, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Attention à ne pas y laisser des plumes. Heureusement, quelques articles sont là pour nous guider...
- Pour vous y retrouver dans la jungle de la chick lit, voici le dossier du magasine Lire consacré au genre. (mai 2006)
- Un article sur la chick lit dans Buzz littéraire. (avril 2006)
- Enfin, un article de fluctuanet qui a suscité beaucoup de commentaires. La lecture des commentaires est intéressante. On reconnait bien les chick des lit. (mars 2006)