Blog littéraire Attrape-Coeurs (littérature française et étrangère, critiques, auteurs)

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Tag - Erri De luca

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samedi 7 juillet 2007

Photos de la rencontre avec Erri De Luca

Voici quelques photos que j'avais prises à l'occasion de la rencontre avec Erri De Luca. C'était dans le courant du mois de novembre 2006. Toutes les photos sont visibles dans la galerie photo (la galerie photo s'affichera dans une autre fenêtre).



Erri De Luca dans le bar

Erri De Luca dans la librairie

Rencontre avec Erri De Luca, novembre 2006

Mardi. Je quitte le bureau peu après 19h00. Sur les conseils de Sylvie, j'ai acheté Trois chevaux de Erri De Luca dimanche. Depuis je l'ai en tête. Je le lis le soir et pendant la pose déjeuner, tranquillement car il n'est pas épais. En début de soirée je l'ai terminé.

Il passe la porte de la librairie. Je le vois. Irrésistiblement, impudiquement, mon regard cherche deux rides dans son cou. Alors je me souviens et cela fait une impression étrange. La description est au début du roman. Je la croyais oubliée. Oubliée la ligne du carrelage qui coure le long des murs de la salle et s'aligne avec les yeux de la femme, oubliées les deux rides dans le cou. Finalement, ces mots de géométrie, de poésie font partie de moi.

Erri De Luca est au milieu de la librairie maigre et humble. L'humilité de celui qui s'interroge de ce que ces gens font là, de ce qui peut susciter autant d'intérêt en lui, ici, dans cette librairie de quartier. Il est en tenue d'alpiniste entre deux ascensions. Sylvie lui dit toute son admiration. Elle avait eu l'idée d'appeler la librairie Trois chevaux. Un homme doux échange quelques mots avec le poète. Il a dans un sac plastique une pile de livres usés. Erri De Luca signe ses livres debout au milieu des livres et les gens arrivent. Nous avons un verre dans la main. Sylvie l'entraine le long du couloir dans la salle du fond. Une table, des chaises et quelques bancs sont disposés.

Debout Erri De Luca lit un texte en italien. De l'autre bout du couloir viennent des éclats de rire. Il lit à nouveau le texte en français cette fois. Il parle comme il écrit. Ses mots sont d'attention, d'humour, de poésie. On a beau me dire qu'il faut profiter de l'instant ; je sais que ces mots là, ce soir, sont perdus. La mémoire ne retient pas la poésie. Pas exactement. On se souvient de l'émotion, peut-être, mais pas des mots, pas de ses mots. La poésie est si personnelle. Et puis, ce soir, il y a quelque chose dans l'air, quelque chose d'indescriptible, d'inénarrable.

Je sens l'appareil photo contre moi seul lien avec la réalité. Erri De Luca se tient debout au fond de la salle car tout le monde n'est pas assis, dit-il. Il répond aux questions. Son visage de carton mâché est très expressif, les mimiques le traverse. Du fond, je ferais de belles photos de ces têtes alignées tendues vers lui. Lui tantôt grave, tantôt joyeux, tantôt triste et, au détour d'une phrase, poète. Mais j'écoute avec pudeur.

Avec mes mots, voici ce qu'il dit :

"Les gens de cordée sont des noms que vous oubliez. L'escalade est ascension puis descente. Au sommet vous êtes sur le point le plus haut, un point sur la ligne, le parcourt. Puis vient le moment de la descente, le moment le plus dangereux. Je rencontre Nivès et son mari. L'amour, je le comprends lorsque celui-ci dit à 10h00 en regardant le sommet du K2 au loin dont la distance ne peut être évaluée : "Si nous ne sommes pas au sommet à 13h00, nous redescendons" et ce après quatre tentatives d'ascension. Qui, aimant, transgresserait cette règle je pense en moi-même ? La montagne n'est ni gentille, ni méchante. Elle s'en fout de nous. C'est comme l'océan. Je suis est né au bord de la mer, à Naples. Toute ma jeunesse, c'est la mer. Je découvre la montagne plus tard, les surfaces, la paroi. Enfant, ma chambre est pleine des livres que mon père achète par kilos. Je lis les livre d'histoire parce que je veux savoir. A l'école, l'histoire s'arrête au début du siècle. Mais je veux comprendre l'occupation et les bombardements alliés. La lutte syndicale, c'était pour ne pas être lâche. Cette jeunesse me prend pas les cheveux et me traine dans la rue - comme le héros dans Trois chevaux. Le syndicalisme italien est à l'avant garde. On rencontre les plus grands. On voyage. J'ai un ami qui part pour l'Argentine.Trente ans, le syndicat est dissout et la nécessité pour moi de travailler. Sur les chantiers d'Europe et d'Afrique, dix-neuf ans. La fatigue du corps. On ne fait pas ce métier par plaisir mais pour vivre. On essai d'en sortir. La publication alors que employé chez un éditeur je photocopie mon travail. La rencontre avec mon père pendant une année. Je lui montre qui est son fils. Il n'est pas ça, pas simplement un ouvrier. Je lui explique que c'était juste une erreur, un égarement de la jeunesse. Je me suis perdu. Je raconte qui est Erri à ce père aveugle et mourant. La traduction des écritures saintes m'aide à être sur les chantiers tous les matins. Ce n'est pas le cas de tous mes collègues. Je la commence la lecture de la bible dans une chambre sordide. Il n'y a que ce livre dans le tiroir d'une table de chevet. La bible, ce livre à part écris pour personne, écris alors qu'il ne demande pas à être lu, écrit pour lui même. J'apprends l'hébreu. Je lis. Je traduit le matin avant de partir sur les chantiers. Un conseil pour un jeune écrivain : apprendre une autre langue et traduire de cette langue dans la sienne. S'intéresser aux variations, à la précision, à la justesse des mots ; les respecter, les aimer. Etre l'ami des mots. Ne pas être esclave de sa langue. Etre maître de sa langue. S'en affranchir.Je ne suis pas profond. Je n'en suis pas capable. J'écris à la surface des choses. Je ne sait pas être profond. Ce que j'écris sort de moi, de mes intestins. Je sens mais je ne suis pas profond. Je suis en surface, posé sur la surface comme sur la montagne, comme contre la paroi."

Je reste silencieux. Je pense à la ligne dessinée par le carrelage, à l'alignement des yeux, aux deux rides parallèles, aux angles aigües et obtus, à la balle qui traverse en avant, au nez droit qui fait un angle avec la table. Je vois le maçon qui de son file à plomb pendant de la main juge la verticalité de la surface d'un mur blanc de chaux dans un espace vide, cubique.

La soirée se termine dans le café d'à côté. Nous sommes nombreux dans la petite salle où nous avons approché les tables pour fêter le poète. Nous buvons le vin et mangeons le fromage. Dans mon coin, on parle vaguement de la Commune, des communards qui tirent sur les horloges, de chanson française, des Bienveillantes.

Je prends des photos. Je prends des photos et j'en oublie la question qui me brule. Pourquoi s'être porté volontaire autant de fois (vingt-sept ?) pour conduire le camion et porter le matériel en ex-Yougoslavie alors en plein conflit ? Johnatan Litell lui aussi est décrit par ses ex-collègues des ONG comme le plus audacieux, celui qui prend le plus de risque, s'expose. Je me souviens également de l'obsession de Litell d'être "dans la littérature".

La raison d'être du blog littéraire Attrape-Coeurs

Le blog littéraire Attrape-Cœurs est originellement destiné aux fidèles de la bien nommée librairie L'Attrape-Cœurs. Cela étant dit, par extension, le blog est ouvert à tous les lecteurs francophones si d'aventure ils se plaisaient à sa lecture et souhaitaient y contribuer.

Comme vous ne le savez peut être pas, la librairie L'Attrape-Cœurs est animée par Sylvie et Erika, deux personnes sans la passion pour les livres, l'énergie et la générosité desquelles les lecteurs que nous sommes ne se seraient jamais rencontrés ; rencontrés à la librairie autour d'un verre de vin, d'un morceau de fromage, d'une tranche de saucisson ou de cake aux olives et, surtout, autour d'un livre et parfois même d'un auteur. C'est ainsi que j'ai pu faire la connaissance de Radovan Ivsic, Henri Bauchau, Philippe Grimbert, Oliver Adam, Erri De Luca... Je n'ai pas été de toutes les rencontres et peut-être quelqu'un d'autre pourra-t-il compléter la liste qui depuis cinq ans s'allonge.

Or donc, pourquoi ce blog ? Il y a quelques mois, j'ai découvert sur les conseils de Sylvie puis rencontré Erri De Luca lors d'une soirée à la librairie. La lecture de Trois chevaux peu avant la rencontre m'avait déjà passablement troublée. Ce soir là Erri De Luca se tenait là debout derrière la petite table dans la salle du fond entouré de livres. Il a lu en italien pour commencer puis il s'est raconté devant des lecteurs subjugués. La soirée avançait. Il était de plus ne plus évident que, pendant qu'il parlait, quelque chose se jouait, quelque chose d'indicible. Si bien que j'eus rapidement le sentiment étrange que ces moments "se perdaient" en quelque sorte sans que je puisse les retenir. Tout au plus pouvais-je essayer de conserver les impressions que les mots créaient en moi. Ce quelque chose, une bonne description serait de l'appeler poésie. A ce moment, j'ai fait part de mon dépit à ma voisine et elle m'a répondu que l'important était d'être là. Bien sûr, j'étais loin de me satisfaire de cette réponse. C'était trop bête de ne pas garder la mémoire de ces moments, de ne pas les partager. Et, d'ailleurs, il en va de même de certaines lectures. D'où l'idée du blog que vous lisez.

Voilà, tout est dit. La raison d'être de ce blog, c'est donc :
  • de garder la mémoire, garder une trace des rencontres avec les auteurs ainsi que des livres que nous avons lu (et de ceux que nous n'avons pas lus !)
  • de partager nos expériences littéraires, nos idées, nos impressions
Ce blog est un outil de partage mis à disposition de tous ceux qui aiment les livres, lecteurs et auteurs. Chacun peut y contribuer. C'est-à-dire qu'à l'instar de tout blog chacun peut écrire des commentaires. Mais chacun peut également devenir rédacteur et écrire ses propres billets (voir le Mode d'emploi du blog).
Le blog littéraire Attrape-Cœurs se veut un blog à plusieurs mains, ouvert et participatif.


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