Blog littéraire Attrape-Coeurs (littérature française et étrangère, critiques, auteurs)

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Tag - Duong Thu Huong

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mardi 1 juillet 2008

Sabine Wespieser Editeur : Interview au Figaro

Sabine Wespieser EditeurSur le blog littéraire Attrape-Cœurs, retrouvez quelques extraits d'une belle interview sur le travail éditorial de Sabine Wespieser. L’interview dont il est question a été publiée sur le site web du Figaro le 30 juin sous le titre Sabine Wespieser, la petite qui voit grand. Vous pourrez également trouver dans ce billet quelques suggestions de lecture ou de relecture pour cet été.

La première fois j'ai tenu un livre de Sabine Wespieser c'était à la librairie des Abbesses. Marie-Rose, la libraire, me l'avait mis entre les mains. Elle ne tarissait pas d'éloge sur Terre des oublis de Duong Thu Huong. C'était un beau livre épais et lourd. Puis, ce fut à la librairie L'Attrape-Cœurs avec Le canapé rouge de Michèle Lesbre. A l'époque, le roman était en lisse pour le Goncourt. Enfin, c'était à l'occasion de la sortie du roman de Michal Govrin, Sur le vif et de la rencontre avec l'auteur à la librairie L'Attrape-Cœurs toujours.

Mais revenons à l'interview du Figaro. Elle est intéressante car elle nous éclaire sur le travail de l'éditeur. Voici ce que j’en retiens  :

« Ce qui nous lie Actes Sud et moi, c'est la valorisation de l'objet livre, mais aussi certains auteurs (...). »
Dans le billet consacré à Sur le vif, j'avais souligné un rapport particulier au livre de Sabine Wespieser, au livre en tant qu'objet que l'on manipule au cours de la lecture.

« Mon modèle dans l'édition, c'est le malthusianisme des éditions de Minuit : même nombre d'auteurs depuis des années, même nombre de salariés et une rigueur dans le nombre de titres parus par an. »
Lorsque j'étais étudiant j'avais une affection particulière les éditions de Minuit - très joli nom au demeurant. Pas évident comme lecture mais j'y retournais à chaque fois avec une joie et une sensation étrange comme pour une expérience extrême. A chaque fois je me demandais ce qui allait m'arriver. Ce fut Becket, La dernière bande au lycée en première. Puis Alain Robbe-Grillet avec Djinn et Projet pour une révolution à New York (ce ne sont pas ses meilleurs textes qu'il me reste à découvrir) et son brillant essai Pour un nouveau roman. Révolutionnaire ! Ce fut également le petit opus de Marguerite Duras au nom troublant de Moderato cantabile. Inoubliable également Michel Butor, La modification, L'emploi du temps. J'en oublie et de meilleurs mais ceux-là suffisent. L'esprit est là tout entier : l'aventure éditoriale, l'avant garde. Le dernier livre que j'ai lu chez l'éditeur c'était Comment parler des livres que l'on n'a pas lus de Pierre Bayard. Très stimulant - si l'on en fait bon usage - et bon esprit.

« Je vais vous répondre de manière mégalomaniaque en disant que ce sont mes choix, ma personnalité, qui créent la cohérence du catalogue. »
Bravo ! Trois fois bravo ! Rien de mieux pour la cohérence de la ligne éditoriale que la personnalité de l'éditeur. "Qui m'aime me suive !" Que l’éditeur fasse ses choix en fonction de ses goûts et affinités sincères plutôt qu’en fonction de ce qu'il s'imagine être le goût du lectorat, voilà qui est parfait. Pour ma part, on touche là fondamentalement au travail de l’éditeur et qui le distingue des entreprises de marketing : éduquer le goût des lecteurs plutôt que de le flatter, voir de le pervertir. "Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée." Malgré toute l’ambiguïté de cette phrase, quelque part je crois en cette idée. Je reste convaincu que tout un chacun est à même de faire la part des choses, moyennant quelques efforts et pourvu que l'on cesse d'assommer les gens à grands coups d'opérations marketing et de communication.

« Quant à mes goûts, eh bien, j'aime quand la littérature résulte de cet exercice périlleux qui consiste à conjuguer forme et sens. Je ne publierai jamais des textes complètement expérimentaux, parce que je ne m'y sens pas très à l'aise, ni uniquement des belles histoires parce que j'aime qu'on me les raconte. »
Pour la dimension expérimentale des textes, voilà qui distingue clairement Sabine Wespieser Editeur des éditions de Minuit par exemple. Quoique l'éditeur fasse référence à des textes "complètement expérimentaux". En effet, dans Sur le vif, il y a quelque chose d'expérimental dans la construction et dans la narration même si au final la forme romanesque ne s'en trouve pas complètement révolutionnée. Il reste cette sensation de lire un beau roman.

« J'aime quand la littérature est une fenêtre ouverte sur le monde. J'ai plus compris du Vietnam contemporain en lisant Duong Thu Huong que Le Monde diplomatique. »
Oui, la littérature - si l'on met de côté les aspects expérimentaux qui selon moi ne sont pas une fin première mais sont soumis et participent aussi à leur manière de la compréhension du monde - c'est poser un regard pertinent sur le monde et faire revivre des sensations, des situations, voire une culture - tout dépend du génie de d'écrivain -, en rendre toute l'épaisseur, la complexité, enfin la partager.
Pour connaître le Viet Nam d’aujourd’hui, on pourra également lire A nos vingt ans de Nguyên Huy Thiêp. Ce n’est pas le meilleur livre de l’auteur - la fin est un peu décevante - mais vous ne pourrez pas dire que vous n’êtes pas Viet Nam. Ce roman a été traduit dans plusieurs pays mais reste interdit à la publication au Viet Nam. Conséquence logique, l'édition en Vietnamien est gratuite et se trouve sur le web… [Pour être précis, cela était vrai il y a un peu moins de deux ans. Mais le web fait bouger beaucoup de choses et ce n'est peut-être plus vrai aujourd'hui. A voir.]

« Selon moi, un livre n'est pas une tour d'ivoire, il doit être en prise directe avec le réel. »
Ce point de vue est compréhensible et découle de ce qui précède. C’est la vision de l'éditeur, son parti pris éditorial. En lisant Lao She, Gens de pékin ou Le pousse-pousse, par exemple, on est en prise directe avec la réalité de la culture chinoise au début du siècle précédent. L’écriture de Lao She nous prend au ventre ; nous saute à la gorge. Nous l’éprouvons physiquement.
Toutefois, j'apporterais une nuance. En effet, il y a peut-être différentes façons d’être en prise avec le réel, des façons plus expérimentales. Pour poursuivre avec la littérature chinoise, on peut prendre à titre d’exemple le travail de Gao Xingjian (prix Nobel de littérature 2000) dans La montagne de l’âme. Vous en apprendrez beaucoup sur la Chine bien que l’écriture puisse vous déconcerter. Le réel se saisit parfois mieux de façon indirecte, détournée. Tout comme Ulysse aux mille expédients, l’écrivain doit parfois user de ruse pour approcher le réel, le débusquer, le déloger. Ainsi dans Le rivage des Syrtes, Julien Gracq peut-il donner l’impression d’écrire depuis une tour d’ivoire. Pourtant son texte ne manque pas de pertinence. Il est même d'actualité. N’oublions pas que ce qui a été expérimental à une époque est aujourd’hui en partie devenu la norme, même en littérature.
En revanche, ce qui est très horripilent, et c’est sans doute là où Sabine Wespieser veut en venir, ce sont ces auteurs qui n’ont rien à dire, rien à montrer, qui n’ont pas d'adhérence au monde, à la réalité et qui dans un exercice vain de solipsisme s’épuisent à décrire un monde au mieux factice. Aussi, je partage fondamentalement l’opinion de Sabine Wespieser. Si un texte n’a rien à nous dire, n’a rien à nous apprendre sur le monde, s’il n’est pas pertinent alors posons la question : Qu’est-ce c’est que ce texte ? Quelle est sa place ? Quelle est sa signification ? Quel est sa valeur ?

« Pour les hommes d'affaires, c'est difficile de comprendre que je ne me suis pas payée pendant quatre ans, que l'édition est pour moi un mode de vie, que je préfère publier peu, que je n'ai pas l'intention de renoncer à mon papier qui est le plus cher du marché. »
L'édition comme un mode de vie ! (Non comme un business.) La littérature comme fin en soi. Le papier enfin. Qui a lu un gros livre de Sabine Wespieser Editeur en connaît la valeur et l’importance.

« Les années suivantes, le succès est allé crescendo : le prix des lectrices de Elle pour Duong Thu Huong, le prix Femina étranger pour Nuala O'Faolain, la reconnaissance de Michèle Lesbre dans la sélection du Goncourt. Je me reconnais totalement dans les livres de ces trois femmes. »
Et oui, pour ceux que ne l’auraient pas compris, Sabine Wespieser est un éditeur aux goûts et à la ligne éditoriale plutôt féminine.

Voilà, encore une fois bravo à Sabine Wespieser pour son travail. C'est une belle interview qui nous en apprend beaucoup à nous, lecteurs, sur le métier d'éditeur. Sans nier la réalité économique, je ne peux m'empêcher de mettre en perspective cette interview avec celle des Editions XO qui date de quelques mois. On ne le répétera jamais assez : il y se trouvera toujours des gens passionnés.

Bravo au Figaro pour sa capacité à produire de telles interviews en toute impartialité. A chacun de se forger son opinion.


Ce point de vue sur le texte est éminemment subjectif et n'engage que son auteur. Si vous voulez réagir à ce billet, donner votre sentiment sur le récit, porter un regard différent sur le texte, raconter une anecdote sur l'auteur ou autre, la discussion continue avec les commentaires.

samedi 22 mars 2008

Photos du salon du livre

Après le récit de la visite, voici les photos du salon du livre. Les photos sont le reflet du parti pris de la visite : une promenade dominicale au hasard du salon. Vous en saurez plus si vous lisez le billet précédent. Pour voir les photos depuis le blog littéraire Attrape-cœurs suivez le lien photos du salon du livre (les photos s'afficheront dans une autre fenêtre). Bonne visite !

Anna Gavalda dédicace son livre

vendredi 21 mars 2008

Promenade au salon du livre

Samedi soir, après le départ de Katarina Mazetti et de Lena Grumbach, juste avant de nous quitter, nous avons convenu de nous retrouver le lendemain au salon du livre. Aujourd'hui, je rejoins donc Erika et Elisabeth à 13h00 au lieu de notre rendez-vous. Mais plutôt que de faire la chasse aux conférences et aux écrivains, je choisie de déambuler dans les allées du salon comme pour une promenade dominicale. Voici le récit de cette promenade sur le blog littéraire Attrape-cœurs.

Depuis mon entrée dans le salon, je suis pris d’une sorte de fascination par l’étalage de tous les stands, une fascination somme toute assez factice de carton et de contre plaqué. Je suis frappé par la ressemblance avec le salon du deux roues. Le salon du livre est un salon comme les autres. Justement, cela ne devrait peut-être pas être un salon comme tous les autres. Les auteurs en rang d’oignon encartés dans les stands de leurs éditeurs et signant à la chaîne, ça fait une impression étrange. C’est un peu dérangeant. Le mythe de l'écrivain en prend un coup. Cela étant dit, pour le lecteur le salon est l'occasion de rencontrer son auteur fétiche et, s'il est chanceux, d'échanger quelques mots avec lui. Le passionné de littérature quant à lui se rendra de préférence aux conférences et aux débats publics organisés avec les écrivains. En conséquence, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même si je ne fait pas de cette visite une expérience culturelle, voire littéraire. Mais mon parti est pris, ce sera une promenade !

Dinaw Mengestu Le premier écrivain que je rencontre c’est Dinaw Mengestu, encarté (si vous ne connaissez pas cet auteur, vous pouvez consulter le billet consacré à son premier roman). Il sera là de telle heure à telle heure. Etrangement, c’est Stepha dans son épicerie que je vois. Ça commence bien ! Sans doute la fatigue. Il n’y a pas de file d’attente mais des lecteurs viennent à lui à un rythme régulier. Je reste à distance, je prends des photos, j’avance, je recule, j’hésite un peu à la manière d'un homme entre deux mondes. Au bout d’un moment, je finis par me sentir comme Stepha regardant Joseph à travers la vitrine du restaurant. De mieux en mieux ! C’est peut-être, sans doute, sans aucun doute, injustifié, et même déplacé. Il doit être sacrément heureux d'être là ! Tout à mon trouble, je m’en vais en me disant que je reviendrais plus tard lorsque j’aurai les idées claires. Je me trouve un peu ridicule. Mais tout de même, dans la façon dont les éditeurs affichent leurs auteurs, il y a quelque chose d’incorrect. Clairement la rencontre manque de convivialité. Mais j'en fais sans doute un peu trop et peut-être ma gêne vient-elle du décalage par rapport aux rencontres organisées à la librairie et auxquelles je me suis habitué.

Anna GavaldaLibre, je poursuis plus avant dans les allées et m’arrête au gré des attroupements. C’est ainsi que je croise Anna Gavalda courbée sur sa petite table. Une foule impressionnante gardée par des barrières se presse. Ceux qui ne suivent pas la queue qui s’entortille sur elle-même devant l'auteur peuvent s’approcher par un côté. De là il est possible de photographier l’écrivain à loisir. Et donc, je suis précisément là et je l’observe… Je l’observe, je la photographie, je l'observe... Je la regarde travailler courbée sur les livres. Le poigné droit qui tient le stylo à autographe prend appuie sur un exemplaire de La consolante et dédicace un autre. Elle est concentrée, fronce légèrement les sourcils et, de temps en temps, échange le stylo à autographe pour le pinceau ou le crayon de couleur. Lorsqu’un homme tout droit sorti de l’un de ses romans, un personnage gavaldien donc, se présente et lui tend son exemplaire, elle échange quelques mots avec lui et prend son livre respectueusement ; lorsque ce sont des enfants rieurs qui s’approchent, elle s’anime et plaisante avec eux. Combien de temps lui faut-il pour tracer une dédicace... Trois, cinq, dix minutes ? A chaque fois, le même rite se répète presque à l’identique. Impressionnant. Il y a quelque chose comme de la dévotion dans la répétition de ses gestes que l'on imaginerait sans peine se poursuivre jusque tard dans la nuit.
J’ai lu Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part alors que j’avais une bonne grippe. Puis j’ai tenté Ensemble, c’est tout, deux fois, mais je n’ai jamais dépassé les quatre vingt premières pages. Toutefois il faut bien avouer dans le paysage littéraire Anna Gavalda a une place à part. Elle a la réputation d’être un auteur atypique, hors norme, un peu à contre courant ; autrement dit nature. Par exemple, elle écrit un livre tous les trois ans. Un scandale ! Une hérésie de nos jours ! Veut-elle la mort des éditeurs ? Autre exemple. J’ai lu que, échaudée, elle refuse de donner des interviews autrement que via Internet ! A contrario, il existe bien un véritable lien d’amitié entre elle et les libraires. On trouve quelques anecdotes à ce sujet. Mais moi, ça ne m’étonne pas qu’elle soit la copine des libraires ! Le succès de ses livres s’explique en partie par le bouche à oreille et le travail de promotion impressionnant qu'ils ont fait. Et puis, un gros livre qui se vend comme des petits pains, les libraires vont pas s’amuser à en dire du mal ! La littérature, c’est bien mais ça ne fait pas vivre. Alors, vous comprenez, il y a peu, Anna Gavalda, je serais bien allé la voir pour lui tenir ce discours : « Ecoutez, Madame, vos histoires, elles sont gentilles mais c’est la L-I-T-T-E-R-A-T-U-R-E qu’on assassine ! » Rien de moins.

Anna GavaldaVoltaire a écrit qu’il est plus facile de tuer un homme de loin que d’abattre un cheval de près. Et alors que je me tiens là à quelques mètres de l’auteur... mon discours m’apparaît..., non pas d’une bêtise absolue, mais décalé, hors de propos. A la regarder courbée sur sa petite table, il est difficile de douter qu’elle écrit selon sa nature. La L-I-T-T-E-R-A-T-U-R-E n’est pas le propos de Anna Gavalda - et, comprenons-nous bien, je ne cherche pas à l’offusquer en écrivant cela. Ce que je veux dire, c'est que parler ainsi n’a peut-être tout simplement pas de sens. Le propos de Anna Gavalda, c’est les gens. Pas les gens de Dublin, ni de Pékin ; non, les gens du RER A et de la ligne 13. Elle fait partie des auteurs que j'appellerais "humaniste" (au sens défini dans le billet consacré à La chaussure sur le toit). Et elle ne se contente pas de décrire ces gens, de s'en servir comme modèle ; elle écrit pour ces gens, les gens du quotidien, de tous les jours, les anonymes, vous, moi. Ceux qui ne se préoccupent pas de ce que peut bien être ou ne pas être la L-I-T-T-E-R-A-T-U-R-E mais qui trouvent un réconfort dans ses histoires. Et encore suis-je persuadé que l’on peut être féru de littérature et trouver un intérêt à lire Anna Gavalda moyennant un peu de tolérance et de curiosité. Sylvie et Erika ont raison. Les gens aiment Anna Gavalda parce qu’ils se reconnaissent dans ses romans. A sa manière, elle aide à surmonter le quotidien, à le rendre supportable, tout en lisant ! Ainsi, les romans de Anna Gavalda ne sont pas simplement divertissants ; d’une certaine façon ils sont réconfortants. Nous partageons tous le même quotidien. D'une certaine façon, on est ensemble, c’est tout. Et puis, comme le rappelle Gilles, découvrir cet auteur c’est aussi une manière de venir à la lecture.
Je me repasse mes pensées dures d'avant la rencontre et, en promenant mon regard sur la file des gens qui attendent leur livre à la main, une bouffée de honte m’envahie. Je prends encore quelques photos et poursuis mon chemin.

Les Allusifs Je passe devant l’éditeur les Allusifs. Le stand est tapissé des couvertures des livres aux maquettes vintage. Sur les couvertures au format régulier, des images désuètes s’affiches dans des couleurs contrastées. Sur le stand, je dis tout le bien que je pense du Cochon d’Allemand (sur le roman, voir ce billet) et de la maquette de couverture. En retour, on me donne un conseil de lecture, Le jour des corneilles. Un père et son fils dans l’obscurité d’une forêt, un père qui se raconte dans une langue archaïque… Un livre que l’on ne conseille pas à tout le monde. J'indique l’adresse du blog avec le billet sur Knud Romer et poursuis.

Bernard WerberPlus loin, j’aperçois Bernard Werber, lui aussi encarté. Je ne m’attendais pas à cette rencontre. J’ai un souvenir nostalgique de la lecture de son roman Les fourmis. Voilà typiquement un roman qui a participé à me faire aimer la lecture, et plus. Oui, je crois que l’on commence par aimer la lecture, puis la littérature. Comme les photographes se pressent autour de lui, il interrompt sa dédicace, et, tout en souriant, balai du regard les appareils photos de gauche à droite, puis de droite à gauche. La photo est réussie. Heureux de cette rencontre fortuite, je poursuis ma route dans les allées du salon.

Duong Thu HuongPar hasard, je croise Duong Thu Huong, l’auteur de Terre des oublis, finaliste en 2006 pour le Fémina et lauréat du Grand Prix des lectrices de Elle. Un livre qui m’a été chaleureusement recommandé plusieurs fois par des lecteurs éclairés. A ce moment là, personne ne lui prête attention et la file qui s’étire devant elle est pour un autre auteur. Je coupe la file, me poste à quelques pas devant elle assise derrière sa table et la photographie sans un mot. J’avais aimé son romam Histoire d’amour avant l’aube. Je l’ai lu pendant ma période Viet Nam alors que je revenais de ce beau pays à l’histoire cruelle (c’est un euphémisme). Avec Nguyên Huy Thiêp, Anna Moï et elle, j’avais prolongé le voyage.

Philippe Grimbert Au détour d’une allée, c’est Philippe Grimbert qui dédicace. Nous l’avions rencontré à la librairie au moment de la sortie de son très bon roman Un secret (et bien avant qu’il ne reçoive le Goncourt des lycéens !) Je crois me souvenir que son texte avait fait l’unanimité. Nous étions très fébrile à l’idée de le rencontrer et nous avions passé une très bonne soirée en sa compagnie et celle de sa femme.

Olivier AdamOlivier Adam signe au stand de l’Olivier. Nous l’avions également rencontré à la librairie à l’occasion de la sortie de Falaise. Je n’avais pas lu le roman mais la discussion et la lecture d’extraits m’avait amené à lire Passer l’hivers. J'avais beaucoup aimé. J’étais aussi allé voir Je vais bien ne t’en fait pas au cinéma. Et j'ai aimé également. Ce soir là, nous avions terminé la deuxième partie de soirée au café, chez Elyette. Aaron Appelfeld, dont l'excellent roman Histoire d'une vie avait fait l'objet d'une de nos soirées, n'est pas présent sur le stand à ce moment là... Mais, depuis dix minutes, une voix féminine résonne dans le salon et informe les visiteurs qu’ils doivent évacuer pour des raisons techniques. Au troisième appel, une sirène inquiétante au rythme mécanique et lancinant prend le relais accompagnée d’une voix qui se veut féminine non moins mécanique, non moins inquiétante. Sur le stand quelqu’un vient informer Olivier Adam qu’il faut évacuer le salon. Il est déçu, réellement. Il s’excuse, interrompt sa dédicace et se lève.

Sur le parking, les gens attendent la réouverture des portes. Police, équipe de déminage, tout se met en place. J’aperçois Philippe Grimbert qui circule entre les gens à grandes enjambées le téléphone à l’oreille. Maintenant, dehors, ne restent plus que ceux qui ont laissé leurs affaires dans le salons et les plus courageux. Pour ma part, c’en ai assez ; je décide de rentrer. Je n’aurais pas revu Erika et Elisabeth de toute la visite !

Je suis assis dans une rame du métro. Cela n’aura pas été un salon du livre très culturel, à la rencontre des écrivains israélien. Je me rattraperai en lisant le roman de Michal Govrin, Sur le vif. Mais j'ai passé un bon moment à voir ou à revoir tous ces écrivains et à les prendre en photo.

Je ne vous l’ai pas raconté plus haut mais tout à l’heure, dans le salon, par le plus grand des hasards, je me suis retrouvé à nouveau devant Anna Gavalda, exactement au même endroit. Je l’ai à nouveau observée courbée au dessus de sa table d’écolier, incrédule. Assis sur la banquette alors la rame du métro s'enfonce dans le tunnel, je me dit que si un jour me prenait l'envie d'écrire une nouvelle avec une héroïne comme Anna Gavalda, vraiment, je l’intitulerais La désarmante.