Site web éditeur 2.0

Programmation des ateliers sur le tableau Sur le blog littéraire Attrape-Cœurs, voici quelques réflexions suite à la l’atelier Site web éditeur 2.0 de Bookcamp Paris 1ère édition.

Note: Dans ce billet, je développe certaines idées a posteriori sur la base de notes personnelles et partielles.

L'atelier débute par un constat : (Ne connaissant pas la source des chiffres mentionnés, ils sont à prendre avec  précaution. Cela dit, à titre d'exemple, je peux donner les statistiques concernant mes usages personnels : 100% et 100%.)
  • 50% des gens font une recherche sur le web par rapport à un livre avant de l’acheter soit en ligne, soit en librairie
  • 90% (80% ?) des recherches commencent sur Google
En préambule, une idée triviale est bonne à rappeler : le site web éditeur 2.0 est naturellement orienté utilisateur, c’est-à-dire lecteur. Il apporte une valeur ajoutée à l’utilisateur. Sinon qui viendra le consulter ?

Le statut du catalogue de l'éditeur : outil de communication et d'information
Le site web éditeur 2.0 présente le catalogue de l’éditeur. Par exemple, il propose un outil de recherche dans le catalogue a minima par titre et nom d’auteur selon plusieurs modes à partir d’un chaîne de caractère : « contient », « au moins un terme », « tous les termes ». Il évite les animations graphiques (flash ou autres) qui n’ont pas de valeur ajouté pour l’utilisateur et lui font perdre du temps.

Les catalogues peuvent être classés en deux catégories.

Catalogue "Business to business" (B to B) : Un catalogue historique existe pour les professionnels du livre sous la forme d'une base de donnée « B to B ». Les éditeurs publient les nouveautés parues ou à paraître dans la base de données. C’est actuellement le catalogue professionnel unique des références éditeur. Les libraires, par exemple, utilisent cette base de données pour rechercher un livre et passer une commande.

Catalogue "Business to Consumer" (B to C) : Dans leurs relations avec les clients, les libraires utilisent également le catalogue historique. Ils vérifient l'existence et la disponibilité d'un titre dans ce catalogue. En revanche, le catalogue n'est pas prévu pour fournir des informations orientées clients. Or on constate que de plus en plus de clients s’informent au préalable sur le web (50%) avant l’acte d’achat. Le lecteur (client) collecte ses informations directement sur le site de l'éditeur, sur les blogs ou autres sites web. Dans ces conditions, le client se trouve parfois mieux informé que le professionnel lui-même, si celui-ci se contente de ses outils historiques. C'est problématique si l'on considère que la valeur ajoutée d’un libraire est en partie liée à son rôle de prescripteur. De même que le Vidal en ligne favorise l’automédication, la bibliosphère favorise l’autoprescription.

Au cours de la discussion apparaît l'idée de "faire tomber les murs du site web", l'idée de la nécessaire "porosité" du site web éditeur 2.0. La "porosité" des sites web, leur faculté d’interagir avec d’autres sites ou médias, est rendue possible grâce à de nouveaux outils. Les fils de syndication RSS ou Atom en sont une bonne illustration. (Pour ceux qui ne savent pas ce que sont les fils de syndication, voir la vidéo en fin de billet. Enfantin mais puissant !) L’idée de porosité d’un site web est intéressante car elle peut changer la façon de travailler avec le ou les catalogues en ligne. Au fond que fait le catalogue historique ? Il agrège, centralise des données dans une base unique. D’un point de vue pratique, les éditeurs saisissent des informations à la fois sur leur site web et pour le catalogue historique (avec les délais d'enregistrement ou de mise à jour et les risques d'erreurs que cela implique). Or que ferait l'agrégateur (ou "reader", logiciel spécialisé dans la lecture des fils de syndication et disposant d'outils de recherche et de classement) d'un libraire ou d'un lecteur s'il était abonné à tous les fils de syndication des sites web éditeur 2.0 ? Il agrégerait, centraliserait dans un espace unique toutes les informations publiées sur les sites web éditeurs 2.0. Le libraire ou le lecteur serait ainsi informé presque en temps réel de toutes les nouveautés publiées par les éditeurs via son agrégateur. On peut ainsi imaginer sur le site web éditeur 2.0 des fils de syndication dédiés, par exemple pour les publications, les dossiers de presse,...
Toute nouvelle information - de même que le fonds du catalogue - serait presque en temps réel à disposition des libraires et des lecteurs via les fils de syndication. Le libraire ou le lecteur aurait la liberté de s’abonner aux fils de leur choix sur les sites web éditeurs 2.0.

Une autre technologie plus lourde à mettre en œuvre que les simples fils de syndication mais aussi plus puissante consiste à exposer le catalogue sur le sites web éditeurs 2.0 via des interfaces (webservices). A partir de ces interfaces, les catalogues des éditeurs peuvent être interrogés par des applications tierces. Amazon, par exemple, a mis en place de telles interfaces afin que des applications tierces utilisent son catalogue. Ces interfaces sont abondamment utilisées par des sites web tiers dans le monde entier et participent du succès de l'enseigne en ligne.

Voilà pour les nouveauté publiées sur le site web 2.0 éditeur. Qu'en est-il des publications passées, anciennes voir très anciennes ? De ce point de vue, les professionnels du livre et les lecteurs ne sont pas démunis non plus. Ils peuvent tout à fait se tourner vers un moteur de recherche tel que Google, par exemple (sans parler de Google Search Book). En effet, le moteur de recherche scrute le web en permanence et indexe toutes les informations qu’il trouve. (Attention tout ce que vous écrivez pourra être retenu contre vous ! :-) Que ce soit sur le site web 2.0 d'un éditeur, sur un site web spécialisé (bibliothèque ou autre), sur un blog, impossible qu'il ne trouve pas. En fait, si Google ne trouve pas, de plus en plus cela signifie que cela n'existe pas. Au fond, Google est LE catalogue orienté client. Il agit en quelque sorte comme un méta catalogue ; il catalogue les catalogues ! Cataloguer (indexer) est son métier.

Pour comprendre les limites d'un catalogue classique par rapport à un moteur de recherche, prenons l'exemple d'un livre marqué dans le catalogue comme "épuisé". A l'heure du web, l'idée de livre épuisé ne veut plus dire grand chose. En effet, il se trouvera toujours un exemplaire d'occasion à acheter sur un site web. Le libraire doit-il se priver de cette source d'approvisionnement ?

Autrement dit le site web éditeur 2.0 est un site web qui a fait "tomber les murs", qui est "poreux". Il est relié au reste du monde par des fils RSS ciblés (par exemple, un fil de publication par collection - nous reviendrons sur les collections -, un fil des dossiers de presse par collection, un fil des événements,...) qui irriguent les agrégateurs des libraires, bibliothécaires et des lecteurs. En parallèle, les libraires font évoluer leurs pratiques et tirent partie de ces nouveaux services. Ils utilisent des agrégateurs et les moteurs de recherche qui indexent les sites 2.0 des éditeurs. Ils s'approprient le web en tant qu'outil de travail à part entière et ne se limitent pas seulement à leurs outils historiques. Ils font "tomber les murs de la librairie". La pérennité de la fonction prescriptive du libraire passe en partie par une meilleure compréhension et appropriation du web.

La valeur ajoutée du site web de l'éditeur : donner la possibilité faire des recherches sur le fonds du catalogue et expliciter la ligne éditoriale
Le site web 2.0 de l'éditeur apporte de la valeur ajoutée au lecteur en exposant, en rendant visible le fonds des livres (la totalité du catalogue) et en communiquant sur la ligne éditoriale. Le fonds d’un éditeur est un patrimoine qu’il faut valoriser en l’exposant sur le site web éditeur 2.0 (publication sur le site web, fils de syndication, interfaces). L'éditeur tire ainsi parti tous les bénéfices de "la longue traîne". On a coutume de dire que 80% des ventes d'Amazon se font sur la longue traîne. Sur le site web éditeur 2.0 le catalogue est neutre et les titres anciens apparaissent au même niveau que les nouveautés. De même, toujours dans une logique de communication, pourquoi ne pas exposer les dossiers de presse sur le web ?

En plus de présenter le catalogue, le site web 2.0 expose, explicite la ligne éditoriale de l'éditeur, son image de marque, son identité (vous trouverez un excellent exemple dans le billet précédent). C'est le lieu idéal pour l'éditeur de présenter et de communiquer sur ses collections, par exemple. En cela le site web 2.0 de l’éditeur a une réelle valeur ajoutée par rapport aux grandes enseignes en ligne tel que Amazon. En effet, ces enseignes ne communiquent pas ou très peu sur la collection en tant que telle. Sur le site web de l'éditeur, après une introduction à la ligne éditoriale de chaque collection, le lecteur informé a la possibilité rechercher tous les ouvrages sur la même ligne éditoriale en utilisant le critère de collection de l'outil de recherche (critère très utile pour fidéliser un lectorat).

L'expérience d'O'reilly, toujours à l’avant garde, est également (voir le billet précédent) remarquable sur la question de la fonctionnalité de recherche sur le site web éditeur 2.0. En effet, sur son site web l'éditeur a abandonné la classification sous forme arborescente et opté pour une recherche par tag (étiquette). Les utilisateurs cliquent ainsi sur un tag pour afficher la liste des livres correspondants. Le retour d'expérience d'O'reilly montre que la recherche par tag demande un apprentissage de la part des utilisateur mais qu'elle devient également rapidement indispensable. Les utilisateur qui ont l'expérience des tags deviennent addictes. Il n'y a qu'a voir la popularité des nuages de tags sur les blogs. Les éditeurs étiquetteront donc de façon appropriée leur catalogue dans leur site web 2.0. (Note : O'reilly est un éditeur d'ouvrages très techniques - informatiques - et qui se prêtent peut-être mieux à l'utilisation des tags. Cela dit, les nuages de tag sont également abondamment utilisés sur les blogs.)

Autres pistes pour créer de la valeur ajoutée sur le site web éditeur 2.0
Afin de faire connaître ses nouveautés, un éditeur a également tout intérêt à encapsuler une feuilleuteuse dans ses pages web à l'aide d'un widget. Le lecteur peut ainsi consulter tout ou partie d'un livre et se forger une opinion sur son contenu. Cette fonctionnalité existe déjà chez plusieurs éditeurs et grandes enseignes en ligne. Elle rend les sites web des éditeurs plus attractifs, surtout au moment de nouvelles parutions (rentrée littéraire, par exemple. :-) Voilà un autre moyen de créer de la valeur ajoutée pour le lecteur.

En parlant fils de syndication ou nuages de tag, on se dit que le site web éditeur 2.0 utilise des outils très répandus sur les blogs. A ce propos, la philosophie du web 2.0 n’est-elle pas justement tout entière contenue dans le blog ? La cerise sur le gâteau du site web éditeur 2.0, c’est bien entendu le blog éditeur. Sur celui-ci, l’éditeur (l’équipe) est en mesure de communiquer sur son travail éditorial, ses projets, ses découvertes, ses auteurs, son métier, ses déconfitures, ses réussites… Bref, sur tout ce qui peut lui permettre de garder le contact avec son lectorat et le rendre plus attachant. J’ai entendu dire que certains éditeurs savaient faire cela très bien avec les libraires. Alors pourquoi pas avec les lecteurs sur le blog du site web 2.0 de l’éditeur ?

Voilà, en espérant que ces réflexions collectives et personnelles plus ou moins prospectives vous inspireront... Et la littérature dans tout ça ? Je perds de vue l’essentiel car tout cela n’est rien sans la littérature. Décidément ce Bookcamp m’aura perverti ! :-)

Voici la vidéo promise sur l'utilisation des fils de syndication :


Source : Bibliobsession 2.0
(2min 58sec en français :-)


Ce compte rendu est personnel et n'engage que son auteur. Si vous voulez donner votre point de vue sur l'atelier, ajouter des précisions, apporter des corrections, réagir à certaines idées développées... vos remarques sont les bienvenues dans les commentaires.