Bookcamp : Economie du livre numérique
Par Renaud le mardi 17 juin 2008, 18:59 - Réflexion - Lien permanent
Economie du livre numérique
Sur le blog littéraire Attrape-Cœurs, retrouvez un compte rendu de l'atelier Bookcamp "Economie du livre numérique". Ce n'est pas de la littérature mais c'est très intéressant de suivre les projets - littéraires parfois - de l'économie du livre numérique. Vous en apprendrez des choses... :-)
Introduction« Sur un tableau vert était tracé à coups de craies multicolores la programmation des ateliers de l’après-midi. Pour moi et pour d’autres peut-être cela évoquait des souvenirs d’écolier plus ou moins agréable... » Le Bookcamp, Paris, 1ère édition commence comme dans un roman d’Anna Gavalda :-). Et ce tableau vert, c’est le prétexte pour quelques photos. D’expérience, je sais que si je ne sors pas l’appareil dans la première demi heure, il a tendance à rester dans sa sacoche.
A côté, un objet blanc posé sur une table basse retient mon attention. Le voilà enfin l’objet de toutes les passions, le Kindle d'Amazon. Comme tout le monde en France, je l’avais découvert via le web. Je me souviens des posts de Francis Pisani (blog transnet) il y a quelques mois. Ses billets m’avaient impressionnés. L’objet en lui même je ne le trouvais pas spécialement joli avec son design de stromtrooper qui le fait ressembler à un vaisseau spatial droit sorti de La guerre des étoiles premiers épisodes. Mais je découvrais les vertus de l’encre électronique, la polarisation de petites billes d’encre sans éclairage direct, comme le papier mais électronique. Dans la réalité, le Kindle est plutôt agréable à regarder et à manipuler. Il est vrai que l’on a du mal à le tenir sans tourner une page. Mais peut-être que avec de la pratique cela devient un atout. La coque en plastique ne me choque pas. Au contraire, l’objet n’en est que plus léger et maniable. Pas plus que sa couleur blanche qui agrandi la page, lui donne plus d’espace. Sur l’écran, la typographie est élégante et la mise en page aérée. Le lecteur électronique est doté d’un clavier pour la prise de note. Cela doit être fastidieux à utiliser. A voir. Quoiqu’il en soit un livre électronique sans la possibilité de prendre des notes en cours de lecture est pour moi inimaginable. Je lis toujours un crayon à la main.
Si l'objet est séduisant, en revanche le modèle d’affaire (business model) d’Amazon porté par le Kindle et vise à rendre le client captif de la plateforme est insupportable.
Je prends également en main le Sony reader qu'un participant a apporté. J’avais posté une belle vidéo sur le blog il y a quelques jours. Mais je suis un peu déçu par le poids de l’objet et le contact froid du métal. Et puis, il n’y a pas de possibilité de prendre de note sur ce modèle ce qui pour moi est rédhibitoire.
Atelier économie du livre numérique
C’est le premier atelier auquel je participe ; enfin, auquel j’assiste pour être exacte.
- Le modèle d’affaire de M21 éditions (Malo Girod)
Le modèle d’affaire est complété par la présence de publicité sur le site web communautaire. Chaque pack thématique est adossé à un site web lui aussi thématique.
A parte : la question des droits d’auteur
Pour un livre papier normal, les droits d'auteurs représentent en moyenne 10% du prix du livre HT, sachant que la TVA pour les biens culturels est de 5,5%. La TVA pour un livre numérique est de 19,6%. D’autre part, il est raisonnable de penser que les livres électroniques se vendront 25% à 35% moins cher. On voit ainsi qu'en l'état, dans le monde numérique, les droits d’auteur se trouvent réduits à la portion congrue. Une réflexion sur la question des droits d’auteur numérique doit être engagée. Quelles sont les pratiques actuelles des éditeurs 2.0 en terme de droits d’auteur numérique ? Autre question intéressante, quel est le coût total de fabrication d’un livre numérique par rapport à un livre papier ?
- Le modèle d’affaire des éditions Zones (Hugues Jallon)
La corrélation constatée entre livre consulté et le livre acheté est intéressante à souligner. Mais est-on sûr du sens de la causalité ? Est-ce la consultation gratuite qui déclenche l'achat ou bien est-ce le fait de venir acheter qui a fait que l’on a consulté ? Quoiqu’il en soit l’expérience démontre a minima que donner à consulter un livre gratuitement ne dissuade pas de l’acheter. Au contraire, cela peut même déclencher l’acte d’achat.
Enfin, le prix des éditions papier a été baissé afin d’être en phase avec un public plus jeune. L’éditeur insiste également sur le coût du site web à prendre en compte absolument dans le budget du livre.
Ce qui me paraît intéressant dans ce projet, c’est cohérence de la ligne éditoriale et du modèle d’affaire. Le modèle d’affaire est adapté à un public libertaire.
- Le modèle d’affaire de Fabula (Alexandre Gefen)
Même si les œuvres sont dans le domaine public, le projet est audacieux. Le principe du « don » se retrouve dans le sérieux et la qualité de l’édition (mise en page, typographie,…) ainsi que dans le matériel de référence réuni et mis à disposition gratuitement au lecteur. [D’ailleurs, il est possible d'imaginer un site communautaire de libre contribution pour l’ajout de matériel et la rédaction de notes dans l’esprit de Wikipédia par exemple.] La valeur ajoutée pour les chercheurs se trouvant dans les notes, celles-ci seront publiées uniquement avec l’édition papier. Le collectionneur quand à lui achète les ouvrages de la Pléiade pour se constituer une bibliothèque. L’édition numérique de la Pléiade n’entre donc pas en concurrence avec l’édition papier pour le public des chercheurs ou des collectionneurs. En revanche, le simple lecteur via l’édition numérique pourra être amené à s’intéresser à l’édition papier et être converti en collectionneur… (plus rarement en chercheur !)
- Le modèle d’affaire de amontour.net (Constance Krebs)
Ce projet me fait penser au livre Une brève histoire des morts de Kevin Brockmeier. Sur le site de l’éditeur Panama, on retrouve une carte interactive de la ville des mort avec une géolocalisation virtuelle des personnages du roman (voir le billet Une brève histoire des morts, Kevin Brochmeier, 3/5).
amontour.net souligne que la littérature est en mouvement. Effectivement, il n’y a qu’à voir tous les courants qui l’ont traversée. Aussi considère-t-elle que le modèle d’affaire doit lui aussi s’adapter. Ainsi il n’y aura sans doute pas un modèle d’affaire unique mais une pluralité de modèles en fonction de l’œuvre (et du public il me semble). Les maîtres mots sont donc souplesse et adaptation.
- Le modèle d’affaire Ipod
- Le modèle d’affaire O’reilly France (Julien Boulnois, Xavier Cazin)
Le modèle d’affaire de la filiale française s’est déployé progressivement dans le temps. Ce qui est remarquable dans le modèle O’Reilly France, c’est que les livres électroniques (des fichiers Pdf) sont vendus et distribués sans DRM. Seul un watermark indiquant le nom et le courriel du propriétaire est apposé dans la marge de chaque page du livre.
Via le site web, différents produits ont été commercialisés :
- La collection « Focus » : des livres courts sur des problématiques très ciblées et commercialisés au format électronique Pdf
- Les livres en édition papier
- Les livres en édition électronique (format Pdf)(75% du prix de l’édition papier)
- Les livres édition papier et électronique (bundle)(120% du prix de l’édition papier seule)
- que O’reilly publie avant tout des ouvrages techniques
- que le lectorat est constitué d’informaticiens habitués à lire sur des écran et en effectuant des recherche dans le texte d’où l’intérêt de l'édition électronique.
- que la clientèle est plutôt professionnelle - ce serait donc du « B to B » (business to business) - et que la charge financière serait assumée par des entreprises et non des particuliers. En fait, il serait plus significatif de connaître la répartition professionnel / particulier pour chaque type d’édition vendu.
- Le seul site web de l’éditeur ne suffit pas pour assurer la vente des livres électroniques. Il faut un réseau de distribution ce qui correspond aux usages.
- Si on compare le site web à une librairie particulière vendant des éditions papiers et électroniques alors il existe un marché pour l’édition électronique.
- Le modèle d’affaire O’reilly États-Unis (Julien Boulnois, Xavier Cazin)
Il existe également un modèle de type « buffet à volonté » à 42$ reposant sur le principe simple que l’abonné de ne peut pas tout lire (de même que les clients ne peuvent pas tout manger !) Les abonnés consomment à peu près tous la même quantité de livres.
Là encore, il faut avoir en tête que nous parlons de livres très techniques pour lesquels une lecture non linéaire par recherche de mots clés est gage d’efficacité. D’autre part, il s’agit souvent d’un usage présumé professionnel (pas de chiffres) financé par des entreprises (« B to B »).
Un modèle identique se retrouve avec la Fnac - Cyberlibris pour des livres "technique" ou "savoir" à destination du grand public. Le lecteur a ainsi possibilité de s’abonner à une ou plusieurs bibliothèques thématiques ("santé et bien être", "bricolage et jardinage",…) et d’accéder en consultation à l’ensemble des ouvrages de chaque bibliothèque.
Si l’on se représente un lecteur passionné de littérature classique ou moderne, de roman noir, de SF, d’épouvante,… comme un professionnel spécialisé dans un domaine alors le modèle de l'abonnement se trouve transposable pour la littérature. De même, on peut imaginer que les professeurs, les scolaires, les bibliothécaires et les usagers des bibliothèques puissent également accéder à ce type de services par abonnement.
Le modèle d’affaire d’abonnement à une bibliothèque de livres électroniques suggère une lecture en ligne sur un site web ce qui est loin d'être idéal... Avec une connexion sans fil, on peut également imaginer une lecture sur lecteur électronique.
Voilà, j'espère que vous en savez maintenant un peu plus sur l'économie du livre numérique et sur ce qui nous attend demain, nous lecteurs. :-)
Liens:
Si vous voulez en savoir plus sur les ateliers Bookcamp (comptes rendus, présentations, vidéos,...) vous pouvez suivre le lien vers le blog La Feuille (le lien s'ouvrira dans une autre fenêtre).
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