Troisième
partie des notes prises pendant les grands débats du Festival
America que je publie sur le blog
Attrape-Cœurs. (Pour en savoir plus sur les notes, lire
ce billet.)
Au Sud, des écrivains et l'Amérique latine
En introduction, l'animatrice indique que l'enjeu du débat est d'essayer de dépasser le cliché de la littérature latino-américaine incarnée par Gabriel Garcia Marquez.
Selon Jordi Soler (La dernière heure du dernier jour, Belfond, traduction Jean-Marie Saint lu) l'étiquette de littérature latino n'est rien de plus qu'une étiquette marketing. « Je ne crois pas en l'idée que l'on puisse reconnaître par l'écriture l'origine de l'auteur. Pour ma part, j'ai été élevé en langue espagnole et non en Mexicain ou en Catalan. »
Pour
Douglas Unger (Mes frères de sang,
Phébus, traduction Serge Philippini) la France est un pays d'accueil. « La
ville de Vincennes est particulière pour moi. Deux frères ont disparu au Brésil
et le troisième s'est réfugié ici à Vincennes. Aujourd'hui, j'ai deux nièces
qui vivent ici. L'Amérique latine est en fait le territoire des États-Unis. La
France occupe une place à part où l'on peut se réfugier et apprendre la culture
plus qu'en Amérique du Nord [l'animatrice s'en étonne] parce qu'il y a un
va-et-vient culturel. La France offre sa culture, les États-Unis la
doctrine Monroe. Les États-Unis n'ont rien à offrir. » [Sous-entendu
d'un point de vue culturel.]
Nathan
Englander (Le ministère des affaires
spéciales, Plon, traduction Elisabeth Pellaert) : « Je suis juif
et américain... et je suis content que l'on ne m'ait pas mis sur le plateau
juif ! En tant que juifs, nous sommes tous des expatriés. Écrire sur
l'Argentine représentait une responsabilité. C'est une responsabilité énorme de
parler de ce que les gens ont vécu, de rendre cela réaliste pour ceux qui ont
vécu à Buenos Aires à cette époque. Maintenant, cette histoire est devenue la
mienne. »
D. Unger : « J'ai été élevé avec cette idée de plus jamais ça. Aux États-Unis, je suis obligé d'expliquer ce qui s'est passé en Argentine en 1976 lorsque je parle de mon livre, pas dans les autres pays. Le problème aux États-Unis, c'est l'isolationnisme. »
James
Canon (Dans la ville des veuves intrépides,
Belfond, traduction Robert Davreu) rappelle que l'édition est avant tout une
industrie. L'animatrice acquiesce, mais précise que ce n'est quand même pas
tout à fait la même chose. On trouve des éditeurs qui font du bon travail.
J. Canon poursuit en expliquant qu'en tant qu'écrivain
d'Amérique latine, il avait l'impression que l'on attendait de lui qu'il écrive
le deuxième chapitre de Cent ans de solitude. Son
roman a été traduit en sept langues et a été bien accueilli en France et en
Allemagne mais pas aux États-Unis : « Bush et Sarkozy ne vont pas lire mon
roman. »
« - Non hélas,... Je crois qu'ils ne lisent pas trop... » ironise la
présentatrice. [Rires dans la salle]
Wendy Guerra (Tout le monde s'en va, Stock, traduction Marianne Million) écrivain cubain vivant à Cuba indique que les États-Unis choisissent de publier des auteurs cubains exilés aux États-Unis. « A Cuba, chaque cubain doit savoir tirer beaucoup et bien. Les éditeurs ont peut-être peur de publier les auteurs cubains. Le fait est que je n'arrive pas à publier aux États-Unis. Je me déguise et laisse mes problèmes à La Havane pour aller aux États-Unis. La société cubaine est fermée d'un point de vue politique et elle est amorale. Lorsque qu'il y a une tempête, on vient nous chercher en camion et on nous emmène dans de grands hagards où nous dormons ensembles. Il y a aussi le travail dans les champs de canne à sucre. Tout cela créé de la promiscuité. Je suis de la troisième génération alors j'essaie d'oublier les problèmes. Mon problème aujourd'hui, c'est Madona ! »
Horacio
Castellanos Moya (Là où vous ne serez pas,
Les Allusifs, traduction André Gabastou) explique que pour ce qui est du
Honduras moins de 2% des romans sont traduits. Aux États-Unis, on ne publie
pratiquement que la littérature anglophone. L'écrivain est venu au journalisme
pour gagner sa vie, mais il a commencé par se consacrer à la littérature. Il
écrit par intermittence et cela explique pourquoi mes romans sont courts. Peu
de littérature d'Amérique latine est publiée aux États-Unis, mais les écrivains
lisent beaucoup cette littérature. L'écrivain évoque une colonisation
littéraire. Les écrivains d'Amérique du Nord doivent beaucoup à la
littérature latine pour ce qui est du roman et de la poésie.
J.
Canon précise qu'en fait les Américains des États-Unis lisent ce qui
est traduit. Selon lui, ils lisent, mais on ne les laisse pas faire... Il y a
beaucoup d'émigrants hispanophones aux États-Unis, mais ils ne lisent pas. Ils
n'ont pas la culture du livre. Mais cela change, car la nouvelle immigration
est plus éduquée. Les maisons d'édition sont trop frileuses et le cahier des
charges est trop compliqué, exigent. Les éditeurs ne font pas assez confiance
aux lecteurs. Aussi il ne faut pas culpabiliser les lecteurs états-uniens.
L'animatrice du débat décidément acerbe relativise également : « Et en France quand on voit la liste des romans qui sont les plus lus... » [Sous-entendu ce n'est pas nous qui allons donner des leçons.] L'animatrice sait d'expérience que les auteurs n'aiment pas cette question, mais elle demande s'ils peuvent nous dire quelques mots de leurs futurs romans.
Douglas Unger - qui porte un gros badge Obama épinglé sur sa veste - explique qu'il va explorer l'attitude oppressive des riches qui dans cette posture ont remplacé les grandes forces politiques. [Effectivement, c'est un sujet très intéressant et malheureusement peut-être prometteur.]
Nathan
Englander fait de l'humour et explique que son prochain roman va
certainement parler des juifs quelque part dans le monde ! [N.
Englander a grandi dans un milieu juif orthodoxe.]
Note : L'intervention de Wendy Guerra m'a remis en
mémoire certains passages du roman de Pedro Ruan Gutiérrez,
Le nid du serpent chroniqué ici. Pedro Ruan Gutiérrez est lui aussi un des rares
écrivains cubains publiés et vivant à Cuba. Il n'a pas son pareil pour décrire
la promiscuité dans les champs de canne à sucre !
Autre
anecdote à propos du roman Effacement de
Percival Everett. Le roman est refusé par une maison
d'édition. Plus tard, l'écrivain apprend que l'équipe marketing a jugé que si
le roman était publié alors l'éditeur n'aurait plus jamais de critiques de la
part d’Oprah Winfrey... [Présentatrice très populaire aux
États-Unis et elle-même de couleur.]
Un
autre écrivain [John Edgar Wideman ?] explique vouloir écrire
sur la foule, les embouteillages, le métro bondé or il n'y a pas une foule
noire, des embouteillages noirs, un métro bondé noir, etc.
En
poursuivant sur le même registre - celui des admirateurs - C.
Whitehead raconte comment dans sa jeunesse il avait lu un texte de
J. E. Wideman qui l'avait marqué et comment il s'était dit
alors qu'un jour il aimerait écrire quelque chose comme ça. Aujourd'hui il
remarque qu'il est sur le même plateau que l'écrivain. J. E.
Wideman lui demande de quel texte il s'agissait ?
L'incendie de Philadelphie répond l'autre. Cela
remonte au début des années quatre-vingt-dix.
J.
E. Wideman fait remarquer qu'en posant cette question on continue de
réfléchir selon les mêmes catégories de blanc et de noir, et
que ce faisant on renforce ces catégories. Il faut les dépasser.
Un
écrivain remarque que les Américains des États-Unis ne comprennent pas qu'il y
ait un Festival America en France après tout ce que les
États-Unis ont fait à travers le monde ces dernières années. Ils sont très
étonnés et remercient les organisateurs. À l'heure actuelle, ils
Mary
Gaitskill (Veronica, L'Olivier, traduction
Suzanne V. Mayoux) : « Quand j'étais petite, personne n'avait pris la peine de
me dire que j'étais un être humain. Je voyais bien qu'il y avait des chevaux,
mais qu'est-ce que j'étais moi ? Alors, j'ai grandi comme cela, comme quelqu'un
qui n'est pas devenu cheval. Aussi je ne me considère pas comme un écrivain
femme, mais comme un être humain qui n'est pas devenu un cheval. »
«
Les grands écrivains ne se comparent pas. On peut juste dire qu'il y a un petit
peu d'ADN dans la phrase de ... qui est comme celui de Nabokof. »
Véronique
Papineau (Petites histoires avec un chat dedans (sauf
une), Le Boreal) : « Quand j'ai écrit mon livre, j'avais des
problèmes de travail et des soucis en amour. Être triste, être malheureux,
c'est bon pour la création. Aujourd'hui je suis heureuse... et je n'écris plus
! » [Rires dans la salle]
Le 2 septembre s'est déroulé
la soirée de 
Je poste quelques photos du
Bookcamp Paris 1ère édition sur le blog littéraire
Attrape-Cœurs dans l'attente d'écrire quelques mots de compte
rendu.

Sur le blog
littéraire Attrape-Cœurs retrouvez le programme du
Salon du livre de jeunesse 2008.
