Blog littéraire Attrape-Coeurs (littérature française et étrangère, critiques, auteurs)

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Actualité littéraire

Dans cette catégorie se rangent tous les billets relatifs à l'actualité littéraire.

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vendredi 26 septembre 2008

Festival America , 26-27-28 septembre

Festival AmericaLe Festival America a débuté ce matin... et le blog Attrape-Cœurs vous informe seulement maintenant. Pas très sérieux ! (Merci en tous les cas à Erika pour avoir donné l'info il y a quelques jours déjà.)

Les livres sont déjà prêts à être dédicacés. Blessés de Percival Everett (offert par la librairie et pour moi une belle découverte, 5/5), Amours défendues d'Alyssa York (premier roman d'une nouvelliste canadienne en deux parties qui ressemblent à deux nouvelles et qui sont aussi deux extrêmes : le visage "intégriste" de la religion, suivi du visage cynique, manipulateur tous deux incarnés par autant de personnages - parmi d'autres visages possibles bien sûr -, très créatif et de belles choses dans pratiquement chacune des pages, 4/5), Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu (chroniqué ici et dédicacé à l'occasion d'une rencontre à la librairie L'Attrape-Cœurs, 4/5) et De Niro's Game de Rawi Hage (très bon, à venir peut-être, 5/5) tout de même ! Les auteurs vont-ils reconnaître leurs livres en version française ? Cela doit faire une impression étrange de dédicacer un livre que l'on découvre, non ?


Photo de Vincennes au crépuscule


mercredi 24 septembre 2008

Jean Mattern présente "Les bains de Kiraly"

Les bains de Kiraly de Jean Mattern est un des romans de la rentrée littéraire de septembre 2008. Après la chronique du texte sur le blog Attrape-Cœurs, voici la présentation de ce premier roman par l'auteur.



mardi 12 août 2008

Mahmoud Darwich s'est éteint samedi 9 mai

Mahmoud DarwichLe poète palestinien Mahmoud Darwich s'est éteint samedi 9 mai au Texas.

Peut-être sommes-nous dans le même état d'esprit que d'autres lecteurs ? La disparition d'une personne est toujours une nouvelle attristante mais ne connaissant ni l'homme, ni le poète, comment s'en émouvoir réellement ?

Aussi en tant que lecteur découvrant l'artiste c'est davantage l'effet que provoque la disparition que la disparition elle-même qui interpelle. Un hommage n'est-il pas précisément cela : un rappel de la vie et de l'œuvre pour les connaisseurs ; une présentation, une introduction pour les autres. Pour tous, une invitation à redécouvrir ou à découvrir. Voilà qui donne sens et fait de la disparition du poète plus qu'une simple dépêche. Alors découvrons, nous y sommes invités.
(Nous ne reprenons pas ici la biographie de l'auteur, ni la liste de ses œuvres. D'autres l'on déjà fait très bien ailleurs sur le web. Voir l'hommage sur remue.net et les liens au bas de l'article de Wikipédia.)

Notamment, la nouvelle nous est parvenue via le site remue.net. Un hommage sobre avec des liens vers quelques uns des plus célèbres textes du poète.

La découverte se poursuit par une recherche sur l'encyclopédie en ligne Wikipédia. On y apprend :

"Mahmoud Darwich (محمود درويش), né le 13 mars 1941 à Al-Birwah en Galilée (Palestine sous mandat britannique) et mort le 9 août 2008 à Houston (Texas, États-Unis), est une des figures de proue de la poésie palestinienne." (La modification concernant la date du décès du poète est du 9 août 2008 à 18:49, une réactivité impressionnante.)

Mais ce qui retient notre attention ce sont ces quelques phrases plus avant :

"Assigné à résidence à Haïfa où il travaille comme journaliste, il s'exile au Liban de 1971 à 1982, rejoignant Beyrouth.

Pendant l'été 1982, Beyrouth est l'objet de bombardements du 13 juin au 12 août, l'armée israélienne cherchant à faire fuir l'OLP de la ville. Darwich relatera la résistance palestinienne au siège israélien dans Qasidat Bayrut (1982) et Madih al-xill al'ali (1983).
"

Pour nous, c'est ici le point d'entrée, une prise sur la surface lisse de l'œuvre - lisse pour qui ne la connait pas. Un écho au superbe premier roman de Rawi Hage, De Niro's Game que nous avons refermé il y a peu et dont nous sommes encore imprégné. ...Beyrouth... Rawi Hage, côté chrétien ; Mahmoud Darwich, côté musulman. Découvrir, confronter, éprouver, c'est aussi cela la littérature. Et nous avons hâte.

Comme un écho plus lointain, plus ténu aussi à Michal Govrin, Sur le vif.


mardi 22 juillet 2008

publie.net, Wagon, Jacques Serena

Couverture WagonHier soir, tard, j’ai lu dans le reader un billet de François Bon en provenance de publie.net, coopérative d’auteurs pour le texte numérique contemporain. Le site publie la littérature contemporaine au format numérique : le contemporain s’écrit numérique. (Cela n’empêche évidemment pas de s’intéresser à la littérature classique, au contraire, et plusieurs œuvres du domaine public sont proposées à la lecture.) Le billet, c’était pour annoncer la publication d’un nouveau texte : Jacques Serena | Wagon. J’ai lu le billet de François Bon, ça m’a plu ; j’ai lu les dix-neuf premières pages proposées à la lecture, ça m’a plu aussi ; j’ai acheté le livre électronique, l’ai affiché à l’écran, rien à dire. Jolies photos dans le cadre noir aux légers dégradés. Ça claque comme je l'ai entendu dire. On pourra dire que le billet aura séduit le lecteur. Les voyages en train en France, à l’étranger, le départ, la promiscuité, les regards parfois. Ces deux photos, ce titre Wagon, sont autant de promesses, une invitation. Un Dijon-Paris pluvieux, par exemple. Mais wagon n’est pas voiture. Ça ne sonne pas TGV, première classe. Wagon, c’est industriel, presque bétaillère, wagon à bestiaux... Maintenant, il reste à lire, à trouver le moment pour recommencer la lecture et l’achever, d’une traite.

Le fichier récupéré, rapidement le réflexe ce serait de l’envoyer à une amie, comme ça, et pour la frime, aussi. Et puis non, on se ravise. Pourtant, ce serait une sorte de prêt entre lecteurs. Enfin presque, c’est plus facile et immédiat, et c’est indolore. On prête (donne) une copie. On n’est pas dépossédé de l’objet qui reste disponible et intact. On ne se pose pas la question de le récupérer, dans quel état, ou de l’acheter à nouveau. Ce n’est pas que c’est immorale. Ce n’est pas non plus ce qu’en penseraient les autres. C’est juste que là, d’un seul coup, c’est con. Ça fonctionne comme un impératif catégorique kantien. Les sites comme publie.net n’existent que si tout le monde joue le jeu. Acheter un livre électronique ici, c’est un peu comme subventionner la culture ou faire un don.

Sur tiers livre, j’ai lu également un superbe hommage à Julien Gracq.



Lecture de Wagon avec le lecteur Adobe Digital Editions (.pdf, .epub) en libre téléchargement ici.

mercredi 9 juillet 2008

La « chick lit » au secours de la littérature

French Manucure, Géraldine MailletSur le blog littéraire Attrape-Cœurs, quelques mots d’un article paru dans le Figaro Madame à propos de la chick lit. Cet article a piqué ma curiosité. N’était-ce pas le but de l’article d'ailleurs ? (Allez, je sais ce que vous pensez : "Ça devait bien arriver ce genre de billet avec une charte graphique pareille. Il lui manquait juste un prétexte.")

Connaissez-vous la chick lit ou chicken litterature, littéralement la littérature de poulette ? Mais si vous connaissez. Le journal de Bridget Jones, ça ne vous dit rien ? Bon, au cas où vous seriez passé à côté des aventures de Bridget sur le papier comme à l’écran, voici la définition de la chick lit donnée par l'encyclopédie Wikipédia :
  • « La chick lit se définit sur le plan thématique: elle raconte l'histoire d'une jeune citadine, âgée d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années, souvent blanche et généralement de classe moyenne. Elle est habituellement aux prises avec un travail harassant ou inintéressant dans le monde des médias (rédaction d'un magazine de mode, maison d'édition, émission télévisée...), à la recherche de l'homme de sa vie, souvent en désaccord avec sa famille (le plus souvent sa mère) ou minée par un besoin compulsif (celui d'acheter des vêtements, par exemple) visant à calmer ses anxiétés. Les aventures seront toujours saupoudrées d'humour et de dérision, spécificité essentielle de la chick lit. »
Selon l’auteur de l’article du Figaro Madame alors que les françaises cacheraient soigneusement leurs livres derrière d’autres lectures plus avouables, les anglo-saxonnes auraient érigé cette littérature en un genre à part entière, la chick lit. Attention tout de même à ne pas généraliser. Toutes les femmes ne lisent pas la chick lit et celles qui la lisent ne se cachent pas forcément non plus. Mais là n’est pas la question. En effet, si quelques auteurs phares de la chick lit ont fait beaucoup d'émules avec plus ou moins de bonheur, il n’en demeure pas moins que « la mode et tout ce qui est tendance (…) sont au cœur des préoccupations des femmes d’aujourd’hui [note du rédacteur : L'auteur de l'article n'aurait-elle pas une légère tendance à la généralisation ? Attention mesdames, si vous ne vous préoccupez pas de la mode et de ce qui est tendance, vous n'êtes pas une femme d'aujourd'hui...], qui se retrouvent dans des personnages féminins aussi modernes que mode, ni princesses de roman à l’eau de rose ni super héroïnes de science-fiction ». Ainsi, la chick lit se démarquerait des romans à l’eau de rose et de la SF par une forme de réalisme dans lequel se reconnaîtrait la femme contemporaine, enfin certaines femmes. Tony Cartano, directeur des publications étrangères chez Albin Michel, précise qu'il y a une certaine universalité dans les personnages. Par exemple, « Candace Bushnell a saisi certains problèmes de société dans les milieux branchés de Manhattan, mais ils pourraient se reproduire ailleurs ». C’est sur cette question de l'universalité que l’article, et par là même la chick lit, pique la curiosité. La (une certaine) chick lit ne toucherait-elle pas à sa manière à la société et à la nature humaine ? N’aurait-elle pas quelque chose à nous dire, à nous apprendre sur le monde derrière une apparence de superficialité ? En fait, selon l'auteur de l'article, « il faut trier les vrais romans des productions sans âme ».

Tony Cartano explique ainsi qu’en terme de publication « la limite c’est la qualité ». Il évoque une « rencontre avec des livres ». (Rencontre avec un livre, avec un auteur, avec son public, avec une œuvre d’art,… C’est un peu la tarte à la crème cette expression.) Il poursuit : « Candace Bushnell pose un regard assez féroce, un peu effrayant sur ces femmes ambitieuses qui réussissent leur vie tout en la ratant. » Réussir sa vie tout en la ratant, voilà une formule intéressante qui résume assez bien l’époque et dont il ne faut pas sous-estimer le potentiel subversif. C’est un thème qui mérite effectivement d’être approfondi et qui peut inspirer de belles, voire profondes, créations littéraires. Parmi les françaises, Géraldine Maillet, l’auteur de French Manucure, écrit quant à elle sur le thème du « désert affectif actuel » et « insiste sur le mal-être de ses personnages ». On le voit, ce n’est pas vraiment la vie en rose. C’est même tout à fait sérieux et pertinent. Sur les thèmes du désert affectif et du mal être, il est remarquable de constater comment les auteurs de la chick lit rejoignent des auteurs tels que Breat Easton Ellis ou Michel Houellebecq. La boucle commence à boucler.

Et l’article de se conclure ainsi : « La qualité du texte devrait primer sur la classification. (…) De ce point de vue, la chick lit n’est qu’un système de classification qui facilite la vie des libraires (et des journalistes) en mal de rangement. » Décidément, dans cet article, je vais de surprises - agréables - en surprises. J’en suis presque tombé de ma chaise. Cette réflexion est si vrai et universelle que s’en est presque émouvant de la lire dans un article consacré à la chick lit. Nous parlons bien littérature. A titre personnel, j’ai toujours et malgré moi une pensée un peu condescendante - sentiment peu avouable - pour ces gens qui déclarent de façon péremptoire aimer tel ou tel genre. Elles déclarent par exemple « aimer les romans noirs » ou bien « aimer les romans policiers » apparemment sans discernement, indistinctement en quelqeu sorte pourvu que ce soit du « noir » ou du « policier ». Le poids et l’importance que l’on accorde à ces catégories arbitraires est pour moi incompréhensible. C’est quoi un roman noir ? C’est quoi un roman policier ? Mon nom est Rouge (Orhan Pamuk), c’est quoi ? Un roman policier ? Un roman noir ? Un roman historique ? Une roman d’amour ? Non, c’est tout cela à la fois et c’est surtout de la littérature. Et Georges Simenon, je le vois sur l’étagère, il est dans la Bibliothèque de la Pléiade à côté de Marcel Proust et d'Oscar Wilde. Avez-vous déjà entendu parler de roman policier à la Pléiade ? Y a-t-il une couleur particulière pour la couverture des policiers ? Non. Même siècle, même couleur. C’est de la littérature, c’est tout.

Mardi dernier, pendant l’after après la discussion consacrée à l’inénarrable roman de Clarence L. Cooper, Bienvenue en enfer, quelqu’un a rapproché le travail de l’auteur de celui d’Agatha Christie, sans doute par rapport aux catégories noir/policier (sur la définition desquelles d’ailleurs personne ne s’accorde). C’était peut-être là du second degré. Il n’empêche, la dernière gorgée de bière je l’ai avalée de travers. :-)

« La qualité du texte devrait primer sur la classification » comme le rappelle l'article et Julien Gracq a mille fois raison lui qui ne connait que deux genres, la littérature à l’estomac et la littérature sans estomac. Pour ma part, je suis très impatient de découvrir la "chick lit à l'estomac".

  • Voici l’adresse du temple de la chick lit. Avouez que trouver de la littérature là dedans, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Attention à ne pas y laisser des plumes. Heureusement, quelques articles sont là pour nous guider...
  • Pour vous y retrouver dans la jungle de la chick lit, voici le dossier du magasine Lire consacré au genre. (mai 2006)
  • Un article sur la chick lit dans Buzz littéraire. (avril 2006)
  • Enfin, un article de fluctuanet qui a suscité beaucoup de commentaires. La lecture des commentaires est intéressante. On reconnait bien les chick des lit. (mars 2006)

dimanche 6 juillet 2008

De Niro's Game, Rawi Hage

De niro's game, Rawi HageQuelques mots sur le blog littéraire Attrape-Cœurs du roman de Rawi Hage à paraître aux éditions Denoël, De Niro's Game.

En effet, il semble que ce soit un roman étranger à ne pas rater pour la rentrée littéraire. Pierre Assouline en parle sur son blog La république des lettres dans un billet intitulé Un premier roman accablé de prix. Fluctuanet avait déjà évoqué la prouesse de l'auteur il y a un peu plus de quinze jours maintenant dans un billet intitulé Rawi Hage, devant Roth, Atwood, Pynchon et les autres...

Je ne reprendrai pas ce qui est écrit dans les deux billets ci-dessus. Je vous laisse les découvrir. Pour les lecteurs pressés, je rappellerai simplement que Rawi Hage avec De Niro's Game a été lauréat du prix Impac Dublin Literary Award devant de très prestigieux écrivains. Prouesse d'autant plus remarquable que ce premier roman a été écrit en anglais, troisième langue de l'auteur derrière l'arabe et le français. Le jury a récompensé cette œuvre pour "son originalité, sa puissance, son lyrisme, tout autant que son humanité". Ainsi que le fait remarquer Pierre Assouline : "Tout n’est pas pourri au royaume des Lettres. La dénonciation du « Milieu » littéraire, de sa corruption et de ses turpitudes (pas seulement en France, rassurez-vous), est devenue une telle scie qu’on en accueille les bonnes surprises avec d’autant plus de ferveur." A noter, toujours d'après Pierre Assouline, que Orhan Pamuk, Michel Houellebecq et Tahar Ben Jelloun ont également été couronnés par ce prix très recherché. Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature de littérature 2006 (!), dont l'étourdissant roman Mon nom est Rouge m'avais impressionné et marqué. Amusant également que Michel Houellebecq ai reçu ce prix quand on voit l'accueil qui lui est fait en France.

De Niro's Game, un livre à surveiller pour la rentrée littéraire.

mardi 1 juillet 2008

Sabine Wespieser Editeur : Interview au Figaro

Sabine Wespieser EditeurSur le blog littéraire Attrape-Cœurs, retrouvez quelques extraits d'une belle interview sur le travail éditorial de Sabine Wespieser. L’interview dont il est question a été publiée sur le site web du Figaro le 30 juin sous le titre Sabine Wespieser, la petite qui voit grand. Vous pourrez également trouver dans ce billet quelques suggestions de lecture ou de relecture pour cet été.

La première fois j'ai tenu un livre de Sabine Wespieser c'était à la librairie des Abbesses. Marie-Rose, la libraire, me l'avait mis entre les mains. Elle ne tarissait pas d'éloge sur Terre des oublis de Duong Thu Huong. C'était un beau livre épais et lourd. Puis, ce fut à la librairie L'Attrape-Cœurs avec Le canapé rouge de Michèle Lesbre. A l'époque, le roman était en lisse pour le Goncourt. Enfin, c'était à l'occasion de la sortie du roman de Michal Govrin, Sur le vif et de la rencontre avec l'auteur à la librairie L'Attrape-Cœurs toujours.

Mais revenons à l'interview du Figaro. Elle est intéressante car elle nous éclaire sur le travail de l'éditeur. Voici ce que j’en retiens  :

« Ce qui nous lie Actes Sud et moi, c'est la valorisation de l'objet livre, mais aussi certains auteurs (...). »
Dans le billet consacré à Sur le vif, j'avais souligné un rapport particulier au livre de Sabine Wespieser, au livre en tant qu'objet que l'on manipule au cours de la lecture.

« Mon modèle dans l'édition, c'est le malthusianisme des éditions de Minuit : même nombre d'auteurs depuis des années, même nombre de salariés et une rigueur dans le nombre de titres parus par an. »
Lorsque j'étais étudiant j'avais une affection particulière les éditions de Minuit - très joli nom au demeurant. Pas évident comme lecture mais j'y retournais à chaque fois avec une joie et une sensation étrange comme pour une expérience extrême. A chaque fois je me demandais ce qui allait m'arriver. Ce fut Becket, La dernière bande au lycée en première. Puis Alain Robbe-Grillet avec Djinn et Projet pour une révolution à New York (ce ne sont pas ses meilleurs textes qu'il me reste à découvrir) et son brillant essai Pour un nouveau roman. Révolutionnaire ! Ce fut également le petit opus de Marguerite Duras au nom troublant de Moderato cantabile. Inoubliable également Michel Butor, La modification, L'emploi du temps. J'en oublie et de meilleurs mais ceux-là suffisent. L'esprit est là tout entier : l'aventure éditoriale, l'avant garde. Le dernier livre que j'ai lu chez l'éditeur c'était Comment parler des livres que l'on n'a pas lus de Pierre Bayard. Très stimulant - si l'on en fait bon usage - et bon esprit.

« Je vais vous répondre de manière mégalomaniaque en disant que ce sont mes choix, ma personnalité, qui créent la cohérence du catalogue. »
Bravo ! Trois fois bravo ! Rien de mieux pour la cohérence de la ligne éditoriale que la personnalité de l'éditeur. "Qui m'aime me suive !" Que l’éditeur fasse ses choix en fonction de ses goûts et affinités sincères plutôt qu’en fonction de ce qu'il s'imagine être le goût du lectorat, voilà qui est parfait. Pour ma part, on touche là fondamentalement au travail de l’éditeur et qui le distingue des entreprises de marketing : éduquer le goût des lecteurs plutôt que de le flatter, voir de le pervertir. "Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée." Malgré toute l’ambiguïté de cette phrase, quelque part je crois en cette idée. Je reste convaincu que tout un chacun est à même de faire la part des choses, moyennant quelques efforts et pourvu que l'on cesse d'assommer les gens à grands coups d'opérations marketing et de communication.

« Quant à mes goûts, eh bien, j'aime quand la littérature résulte de cet exercice périlleux qui consiste à conjuguer forme et sens. Je ne publierai jamais des textes complètement expérimentaux, parce que je ne m'y sens pas très à l'aise, ni uniquement des belles histoires parce que j'aime qu'on me les raconte. »
Pour la dimension expérimentale des textes, voilà qui distingue clairement Sabine Wespieser Editeur des éditions de Minuit par exemple. Quoique l'éditeur fasse référence à des textes "complètement expérimentaux". En effet, dans Sur le vif, il y a quelque chose d'expérimental dans la construction et dans la narration même si au final la forme romanesque ne s'en trouve pas complètement révolutionnée. Il reste cette sensation de lire un beau roman.

« J'aime quand la littérature est une fenêtre ouverte sur le monde. J'ai plus compris du Vietnam contemporain en lisant Duong Thu Huong que Le Monde diplomatique. »
Oui, la littérature - si l'on met de côté les aspects expérimentaux qui selon moi ne sont pas une fin première mais sont soumis et participent aussi à leur manière de la compréhension du monde - c'est poser un regard pertinent sur le monde et faire revivre des sensations, des situations, voire une culture - tout dépend du génie de d'écrivain -, en rendre toute l'épaisseur, la complexité, enfin la partager.
Pour connaître le Viet Nam d’aujourd’hui, on pourra également lire A nos vingt ans de Nguyên Huy Thiêp. Ce n’est pas le meilleur livre de l’auteur - la fin est un peu décevante - mais vous ne pourrez pas dire que vous n’êtes pas Viet Nam. Ce roman a été traduit dans plusieurs pays mais reste interdit à la publication au Viet Nam. Conséquence logique, l'édition en Vietnamien est gratuite et se trouve sur le web… [Pour être précis, cela était vrai il y a un peu moins de deux ans. Mais le web fait bouger beaucoup de choses et ce n'est peut-être plus vrai aujourd'hui. A voir.]

« Selon moi, un livre n'est pas une tour d'ivoire, il doit être en prise directe avec le réel. »
Ce point de vue est compréhensible et découle de ce qui précède. C’est la vision de l'éditeur, son parti pris éditorial. En lisant Lao She, Gens de pékin ou Le pousse-pousse, par exemple, on est en prise directe avec la réalité de la culture chinoise au début du siècle précédent. L’écriture de Lao She nous prend au ventre ; nous saute à la gorge. Nous l’éprouvons physiquement.
Toutefois, j'apporterais une nuance. En effet, il y a peut-être différentes façons d’être en prise avec le réel, des façons plus expérimentales. Pour poursuivre avec la littérature chinoise, on peut prendre à titre d’exemple le travail de Gao Xingjian (prix Nobel de littérature 2000) dans La montagne de l’âme. Vous en apprendrez beaucoup sur la Chine bien que l’écriture puisse vous déconcerter. Le réel se saisit parfois mieux de façon indirecte, détournée. Tout comme Ulysse aux mille expédients, l’écrivain doit parfois user de ruse pour approcher le réel, le débusquer, le déloger. Ainsi dans Le rivage des Syrtes, Julien Gracq peut-il donner l’impression d’écrire depuis une tour d’ivoire. Pourtant son texte ne manque pas de pertinence. Il est même d'actualité. N’oublions pas que ce qui a été expérimental à une époque est aujourd’hui en partie devenu la norme, même en littérature.
En revanche, ce qui est très horripilent, et c’est sans doute là où Sabine Wespieser veut en venir, ce sont ces auteurs qui n’ont rien à dire, rien à montrer, qui n’ont pas d'adhérence au monde, à la réalité et qui dans un exercice vain de solipsisme s’épuisent à décrire un monde au mieux factice. Aussi, je partage fondamentalement l’opinion de Sabine Wespieser. Si un texte n’a rien à nous dire, n’a rien à nous apprendre sur le monde, s’il n’est pas pertinent alors posons la question : Qu’est-ce c’est que ce texte ? Quelle est sa place ? Quelle est sa signification ? Quel est sa valeur ?

« Pour les hommes d'affaires, c'est difficile de comprendre que je ne me suis pas payée pendant quatre ans, que l'édition est pour moi un mode de vie, que je préfère publier peu, que je n'ai pas l'intention de renoncer à mon papier qui est le plus cher du marché. »
L'édition comme un mode de vie ! (Non comme un business.) La littérature comme fin en soi. Le papier enfin. Qui a lu un gros livre de Sabine Wespieser Editeur en connaît la valeur et l’importance.

« Les années suivantes, le succès est allé crescendo : le prix des lectrices de Elle pour Duong Thu Huong, le prix Femina étranger pour Nuala O'Faolain, la reconnaissance de Michèle Lesbre dans la sélection du Goncourt. Je me reconnais totalement dans les livres de ces trois femmes. »
Et oui, pour ceux que ne l’auraient pas compris, Sabine Wespieser est un éditeur aux goûts et à la ligne éditoriale plutôt féminine.

Voilà, encore une fois bravo à Sabine Wespieser pour son travail. C'est une belle interview qui nous en apprend beaucoup à nous, lecteurs, sur le métier d'éditeur. Sans nier la réalité économique, je ne peux m'empêcher de mettre en perspective cette interview avec celle des Editions XO qui date de quelques mois. On ne le répétera jamais assez : il y se trouvera toujours des gens passionnés.

Bravo au Figaro pour sa capacité à produire de telles interviews en toute impartialité. A chacun de se forger son opinion.


Ce point de vue sur le texte est éminemment subjectif et n'engage que son auteur. Si vous voulez réagir à ce billet, donner votre sentiment sur le récit, porter un regard différent sur le texte, raconter une anecdote sur l'auteur ou autre, la discussion continue avec les commentaires.

samedi 22 mars 2008

Photos du salon du livre

Après le récit de la visite, voici les photos du salon du livre. Les photos sont le reflet du parti pris de la visite : une promenade dominicale au hasard du salon. Vous en saurez plus si vous lisez le billet précédent. Pour voir les photos depuis le blog littéraire Attrape-cœurs suivez le lien photos du salon du livre (les photos s'afficheront dans une autre fenêtre). Bonne visite !

Anna Gavalda dédicace son livre

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